Le Royaume-Uni s’est réveillé dimanche dernier avec une partie de la presse faisant ses gros titres sur le fait que Londres serait à portée de frappes iraniennes. « C’est ce que nous disons depuis longtemps : le régime terroriste iranien est une menace mondiale… avec des missiles pouvant atteindre Londres, Paris ou Berlin », a déclaré de son côté l’armée israélienne. 4.000 kilomètres séparent l’Iran du Vieux Continent.
« Vers l’extrême »
On n’en est pas là. Les experts sont loin d’être sûrs que ce genre de missiles puissent effectivement atteindre leur cible, notamment sans être interceptés. Mais ce qui intrigue est que ces tirs révèlent que l’Iran a des armes de plus longue portée que ne le pensaient certains experts, même si d’autres s’en doutaient. Interrogé par l’AFP, Tom Sharpe, ancien commandant de la Royal Navy et expert au Royal United Services Institute (RUSI) à Londres, estime ainsi que Téhéran a « toujours eu des missiles de cette portée, dont nous avions connaissance », même si leur existence n’était pas officielle.
Néanmoins, ces tirs montrent qu’acculée, la République islamique ne s’en cache plus. « Cela montre que le processus de décision bouge désormais vers l’extrême », estime dans le « WSJ » Danny Citrinowicz (1), qui dirigeait le bureau Iran du renseignement militaire israélien.
Selon des officiels américains, l’armée des Etats-Unis avait positionné un navire près de la base de Diego Garcia capable d’intercepter ce genre de missile car elle prenait la menace au sérieux, rapporte le « WSJ ». « Notre évaluation, c’est que les Iraniens ont bel et bien visé Diego Garcia », a de son côté confirmé Steve Reed, ministre du Logement représentant l’administration Starmer sur le plateau de la BBC ce dimanche. « Mais je ne pense pas que ce qui s’est passé soit une surprise : l’Iran tire des missiles de façon irresponsable dans toute la région », a-t-il ajouté.
« Pas la capacité ».
« Le Royaume-Uni ne sera pas entraîné dans ce conflit », a cependant affirmé dimanche Steve Reed, ajoutant qu’il n’y avait « aucune évaluation spécifique selon laquelle les Iraniens ciblent le Royaume-Uni ou même en auraient la capacité, s’ils le voulaient ».
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, avait accusé le Premier ministre Keir Starmer de mettre « des vies britanniques en danger en autorisant l’utilisation » de ces bases, ajoutant que l’Iran « exercerait son droit à la légitime défense ». Depuis le début du conflit, Londres assume sa divergence avec Washington sur l’intervention en Iran, quitte à essuyer de vives critiques de la part du président américain Donald Trump.
Nicolas Madelaine (Correspondant à Londres)
(1) Danny (Dennis) Citrinowicz is a senior fellow at the Institute of Policy and Strategy at Reichman University.
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