Radio J. « Startups de la défense. L’ADN de la Start-Up Nation change. D-Fend, Kela, Smart Shooter ».

Par |2026-03-14T08:48:47+01:0014 Mar 2026|Catégories : A LA UNE, HIGH-TECH|

Radio J ce lundi à 7h05. Chronique hightech de Daniel Rouach. « La guerre Israël-Iran a transformé l’ADN de la Start-Up Nation ».

Nous allons parler de plusieurs startups israéliennes qui ont émergé depuis le 7 Octobre 2023. La guerre Israël-Iran accélère l’émergence de startups israéliennes de défense.

Israël s’impose comme un terrain d’expérimentation avancé pour les technologies militaires de nouvelle génération. Dans un écosystème où les passerelles entre recherche académique, unités technologiques d’élite et capital-risque sont structurelles, les cycles d’innovation sont courts et la mise en production rapide.

La singularité israélienne ne tient pas uniquement à la densité de ses ingénieurs ou à la proximité entre startups et forces armées. Elle réside dans une approche systémique : intégrer rapidement des technologies civiles (intelligence artificielle, vision par ordinateur, edge computing, cybersécurité, robotique) au sein d’architectures militaires opérationnelles. Là où les industriels traditionnels privilégient des plateformes fermées et des cycles longs, une nouvelle génération d’acteurs mise sur des briques modulaires, interopérables et orientées logiciel.

Dans ce contexte, la menace drone, la guerre électronique, la sécurisation des systèmes autonomes et la coordination multi-capteurs redessinent les priorités des armées occidentales. La supériorité ne dépend plus uniquement de la puissance de feu, mais de la précision algorithmique, de la résilience des communications et de la capacité à orchestrer des flottes hybrides en temps réel.

Un article de Richard Menneveux.

« Les startups présentées ci-dessous, de la conduite de tir assistée par intelligence artificielle à l’orchestration multi-drones, en passant par la neutralisation radiofréquence et la protection contre le spoofing GNSS, illustrent cette évolution.

Smart Shooter : conduite de tir augmentée par IA face à la menace drone.

C’est le doyen de notre sélection mais il n’en est pas moins innovant, fondé en 2011 par Michal Mor et Avshalom Ehrlich, anciens de Rafael Advanced Defense Systems, Smart Shooter est implantée au kibboutz Yagur, dans le nord d’Israël. L’entreprise conçoit des systèmes électro-optiques de conduite de tir destinés aux armes légères, reposant sur une technologie propriétaire baptisée SMASH.

Cette technologie combine intelligence artificielle et vision par ordinateur pour assister le tireur dans l’acquisition et l’engagement de cibles terrestres ou aériennes, fixes ou mobiles. Le fonctionnement repose sur une séquence verrouillage–suivi–tir : une fois la cible identifiée, le système calcule la trajectoire et n’autorise le départ du coup que lorsque la probabilité d’impact est maximale.

La gamme comprend les modèles SMASH 2000, SMASH 3000 ainsi que le SMASH Hopper, tourelle téléopérée intégrable sur véhicules ou plateformes robotisées. Le système Dagger a notamment été employé dans des opérations de lutte contre des drones d’attaque durant la guerre dite « Swords of Iron ».

Au cours des neuf premiers mois de 2025, Smart Shooter a généré 20,8 millions de dollars de revenus (environ 17,7 millions d’euros). Début février, le carnet de commandes atteignait 35,2 millions de dollars (environ 30 millions d’euros).

Kela Technologies : plateforme d’orchestration modulaire pour architectures militaires ouvertes.

Fondée en 2024 à Tel Aviv, Kela Technologies développe une plateforme logicielle ouverte destinée à accélérer l’intégration de technologies commerciales (drones, capteurs, systèmes de communication et outils d’intelligence artificielle) dans les architectures militaires existantes.

La société a levé plus de 100 millions de dollars (environ 85 millions d’euros) auprès de Sequoia Capital, Lux Capital et In-Q-Tel. Sa plateforme agit comme une couche d’orchestration permettant de connecter rapidement des briques technologiques civiles aux infrastructures de commandement et de contrôle.

Kela a signé un accord exclusif avec Starling Inc. pour intégrer et déployer en Israël le drone autonome Pathfinder X, un système eVTOL à voilure fixe capable d’opérer depuis une station autonome inférieure à un mètre carré, avec une portée de 160 kilomètres et une autonomie de 2,5 heures.

D-Fend Solutions : neutralisation radiofréquence non cinétique des drones.

Fondée en 2017 à Ra’anana, D-Fend Solutions développe une approche non cinétique de lutte anti-drones (C-UAS), fondée sur l’exploitation des liaisons radiofréquence plutôt que sur le brouillage large bande ou la destruction physique.

Sa plateforme EnforceAir détecte, identifie et prend le contrôle de drones non autorisés en manipulant leurs communications RF afin de les rediriger vers une zone d’atterrissage sécurisée, sans perturber les réseaux environnants.

Skana Robotics : plateforme amphibie autonome pour zones littorales contestées.

La startup israélienne Skana Robotics, fondée en 2023 à Tel Aviv, développe l’Alligator, une plateforme amphibie autonome capable d’opérer sans port ni infrastructure. Long de 10,5 mètres, doté d’un tirant d’eau de 0,4 mètre, l’engin peut embarquer jusqu’à 1 500 kg de charge utile.

La société a levé environ 4,3 millions de dollars en pré-seed et prévoit un tour Seed en 2026.

Regulus Cyber : sécurisation des systèmes autonomes contre le spoofing GNSS.

Regulus Cyber développe des solutions de cybersécurité dédiées aux systèmes autonomes terrestres et aériens. La société s’attaque au spoofing GNSS, qui consiste à injecter de faux signaux GPS pour manipuler la position d’un appareil.

Sa suite Pyramid comprend notamment le module GPS SP, capable de distinguer les signaux satellitaires authentiques des signaux malveillants. La société a levé environ 6,3 millions de dollars (environ 5,4 millions d’euros).

eyesAtop : orchestration multi-drones et coordination tactique.

eyesAtop développe une plateforme militaire d’orchestration et de gestion de flottes de drones destinée aux forces armées et aux unités de sécurité.

Sa technologie, annoncée au niveau TRL 9, repose sur un contrôleur universel indépendant des fabricants et une unité centrale multi-drones permettant de coordonner simultanément des plateformes hétérogènes.

La plateforme intègre une couche d’edge-AI permettant l’analyse vidéo, le géoréférencement des cibles, la cartographie dynamique et la planification de mission dans des environnements contestés.

« Israël devient une puissance mondiale de defense-tech ».

La guerre a transformé l’ADN de la Start-Up Nation

Depuis octobre 2023, l’écosystème technologique israélien ne se contente plus de résister : il change de fonction. Israël ne se définit plus seulement comme une nation d’innovation civile. Il devient le laboratoire mondial de la technologie de défense en conditions réelles.

Le nombre de startups spécialisées dans la defense-tech a quasiment doublé en deux ans.
On comptait environ 160 entreprises en 2024. Elles sont aujourd’hui plus de 300. Cette croissance n’est pas un simple effet de cycle. Elle traduit une réorientation stratégique profonde : la guerre a accéléré une fusion entre industrie militaire, recherche privée et innovation commerciale.

Même les voix prudentes reconnaissent l’ampleur du phénomène. Avi Hasson, dirigeant de Startup Nation Central, refuse l’étiquette de “nation entièrement defense-tech”, mais admet que le secteur devient un pilier structurel de l’économie israélienne.

Une industrie qui explose malgré les controverses

Les exportations militaires israéliennes ont atteint 14,8 milliards de dollars en 2024, un record historique. Israël se classe désormais parmi les huit premiers exportateurs d’armement au monde. En 2025, les startups du secteur ont déjà attiré plus d’un milliard de dollars d’investissements privés.

Le paradoxe est frappant : alors que la pression politique internationale contre Israël s’intensifie, la demande mondiale pour ses technologies de défense augmente. Les États achètent ce qui fonctionne. Et les systèmes israéliens sont testés en conditions réelles.

L’Europe devient dépendante du savoir-faire israélien

Plus de la moitié des exportations israéliennes de défense partent désormais vers l’Europe.
La guerre en Ukraine a bouleversé les priorités stratégiques du continent.
Les capitales européennes recherchent des systèmes opérationnels immédiatement déployables.

La livraison du système Arrow 3 à l’Allemagne en décembre 2025 en est le symbole : Israël a honoré un contrat majeur tout en étant engagé sur plusieurs fronts militaires. Peu de pays peuvent soutenir une production stratégique à ce rythme.

Un modèle industriel impossible à reproduire ailleurs

Le succès israélien repose sur une architecture unique : un continuum entre le champ de bataille et le laboratoire.

Des centaines d’entreprises travaillent en interaction directe avec l’armée. Les retours opérationnels se transforment en améliorations technologiques en quelques mois, là où d’autres pays mettent des années. La circulation du personnel entre unités militaires, recherche et industrie crée un cycle d’innovation quasi instantané.

L’État renforce ce mécanisme. Le ministère de la Défense investit massivement dans les jeunes entreprises. En 2026, au moins 10 % du budget de recherche militaire sera réservé aux startups. L’objectif est clair : injecter de l’agilité dans une industrie traditionnellement dominée par de grands groupes.

L’ère des armes énergétiques et de l’IA militaire

La nouvelle génération de technologies israéliennes dépasse la défense aérienne classique. L’intelligence artificielle, l’autonomie robotique et les systèmes énergétiques redéfinissent le champ de bataille.

Le laser Iron Beam incarne cette rupture : une interception à la vitesse de la lumière, pour un coût dérisoire comparé aux missiles traditionnels. Parallèlement, des startups développent des drones longue endurance à hydrogène, des systèmes anti-drones à micro-ondes et des plateformes autonomes de logistique militaire.

Cette hybridation entre deep-tech civile et besoins militaires crée un écosystème que les grandes puissances tentent désormais d’imiter.

Une arme économique et diplomatique

La defense-tech devient aussi un levier géopolitique. Les coopérations avec l’Europe et les pays du Golfe se multiplient. Les partenariats ne portent plus seulement sur l’achat d’armes, mais sur des programmes industriels conjoints, des transferts technologiques et des cycles d’innovation partagés.

Israël transforme son expertise militaire en influence stratégique.

Vers une indépendance sécuritaire assumée

Le gouvernement israélien prépare une évolution majeure : réduire progressivement la dépendance à l’aide militaire américaine pour privilégier la coopération industrielle. L’objectif n’est pas la rupture avec Washington, mais la souveraineté technologique.

Israël veut produire, exporter et co-développer ses systèmes plutôt que dépendre de financements extérieurs.

Une mutation irréversible

La defense-tech n’est pas une parenthèse liée à la guerre. Elle redéfinit la structure économique du pays. L’innovation israélienne ne s’oriente plus seulement vers les marchés civils mondiaux. Elle s’ancre dans une logique de sécurité permanente où technologie et survie nationale sont indissociables.

Israël n’abandonne pas son identité de Start-Up Nation.

Il en crée une version militaro-industrielle, plus dure, plus stratégique  et probablement plus influente sur l’équilibre technologique mondial des décennies à venir.

https://www1.alliancefr.com

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