Guerre en Iran : l’économie israélienne tient bon

L’économie israélienne fait pour le moment preuve de résilience. Une victoire contre l’Iran pourrait stimuler la croissance et les investissements étrangers.

Malgré les tensions, l'économie israélienne affiche une résilience remarquable.

Par Pascal Brunel

Publié le 5 mars 2026 

Le constat est pour le moins paradoxal. Israël est visé par des centaines de missiles, la population vit au rythme des alertes de jour comme de nuit, tandis que les entreprises fonctionnent au ralenti, les dépenses militaires explosent et une centaine de milliers de réservistes est rappelée. Avec tous ces handicaps, l’économie israélienne aurait toutes les raisons d’être plongée dans une crise aiguë. Mais ce diagnostic sur le papier est faux, du moins pour le moment.

Le principal indice de la Bourse de Tel-Aviv, baromètre du moral des investisseurs, après avoir battu tous ses records lundi, n’a pas connu de prises de bénéfices ce mercredi, restant quasiment stable. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis la guerre des douze jours de juin dernier, lors du premier round de l’affrontement entre Israël et les Etats-Unis contre l’Iran, la Bourse a grimpé de 50 %. Le shekel, la devise nationale, a également progressé face au dollar et à l’euro… comme si le pays était un havre de paix et de prospérité.

« Résilience économique »

« A moyen et long terme, si les opérations militaires en cours sont un succès et que le régime iranien s’effondre ou s’affaiblit considérablement, cela va donner confiance et booster l’ensemble de l’économie. La hausse continue du shekel doit aussi permettre une baisse des taux d’intérêt de la Banque d’Israël », prévoit Ronen Menachem, chef des marchés de la banque Mizrahi Tefahot.

Ce diagnostic est partagé par Standard & Poor’s. « Historiquement, la prospérité de l’économie israélienne se caractérise par sa résilience grâce à l’important secteur de la haute technologie, qui représente 20 % du PIB et plus de la moitié des exportations, ainsi qu’au pourcentage élevé des employés qui recourt au télétravail », explique l’agence de notation.

Tous ces atouts devraient, selon Standard & Poor’s, « réduire l’impact des perturbations sécuritaires » en dépit des dégâts matériels que pourraient provoquer les missiles iraniens. En novembre, après deux ans de guerre dans la bande de Gaza, l’agence avait relevé la perspective de la note israélienne de « négative » à « stable », et ne semble pas décidée à revenir en arrière.

Le coût de la guerre.

Ce tableau plutôt flatteur comprend malgré tout quelques zones d’ombre. Selon le ministère des Finances, la facture militaire s’élève déjà à 3 milliards de dollars, alors que le coût total, si le conflit se poursuit, pourrait être plus beaucoup plus élevé que celui de la guerre des douze jours, dont la facture a tutoyé les 20 milliards de dollars.

Le financement des opérations de Tsahal, les compensations salariales versées aux réservistes, les indemnités pour les propriétaires des bâtiments détruits ou endommagés vont peser lourdement sur les comptes publics et pourraient propulser le déficit budgétaire à 6 ou 8 % alors qu’en « temps normal », il était limité aux alentours de 3 %. De même, la dette publique, longtemps contenue à moins de 60 % du PIB, pourrait dépasser la barre des 70 %, selon les estimations du Trésor.

Activer ce qui est présenté par Tsahal comme « la meilleure défense aérienne du monde » revient, en effet, très cher : de 50.000 à 3 millions de dollars pour chaque tir d’un des quatre systèmes utilisés pour détruire en vol les missiles iraniens, dont le coût est souvent cinq à dix fois moins élevé.

Sur ce front, un espoir est apparu avec la première utilisation d’une batterie de « Iron Beam » (faisceau de fer), qui fonctionne avec un laser pour une somme dérisoire de moins de 10 dollars à chaque utilisation. Mais sa production en série ne fait que commencer et un seul exemplaire a été déployé par Tsahal face au Hezbollah libanais.

Pascal Brunel (Correspondant à Tel-Aviv)

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