Retards dans la réhabilitation du sud d’Israël.
Selon un audit, des fonds ont été inutilisés ou gaspillés à cause de la bureaucratie et du manque de consultation des populations locales ; l’État n’aide pas ceux qui désirent refaire leur vie ailleurs.
Les lenteurs administratives, le manque de coordination et d’autres problèmes ont entravé les initiatives visant à reconstruire le sud d’Israël après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, a fait savoir le contrôleur de l’État dans un nouvel audit qui a été diffusé mardi.
Cette analyse, qui couvre la période s’étendant du mois de janvier 2024 au mois d’août 2025, critique les responsables qui n’ont pas alloué les fonds destinés à soutenir le Néguev occidental, et fustige le gouvernement qui n’a ni créé ni mis en œuvre un système de soutien destiné à ceux qui tentent de refaire leur vie en dehors de la région frontalière de Gaza après le traumatisme de l’attaque qui s’y est déroulée.
Quelque 80 000 personnes ont été chassées de leurs foyers par l’invasion dévastatrice menée par le Hamas, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes avaient été massacrées. 251 personnes avaient été enlevées et des communautés entières avaient été détruites.
Selon l’audit, plus de 90 % des personnes qui ont quitté leur domicile sont rentrées chez elles. Mais un nombre indéterminé de personnes n’ayant pas l’intention de faire leur retour sont passées entre les mailles du filet.
Il est « inacceptable que le gouvernement n’ait encore proposé aucune solution alternative et systématique aux résidents qui ne peuvent pas retourner chez eux », conclut le rapport.
Du côté positif, l’audit souligne le « sens de la mission publique » et l’engagement professionnel des personnes qui travaillent au sein de la Direction Tekuma, qui a été créée par l’État pour superviser l’effort de réhabilitation à grande échelle.

L’audit critique néanmoins l’État qui a retardé de 18 mois la mise en œuvre d’un plan de réhabilitation quinquennal, alors qu’il délibérait sur les limites géographiques des communautés éligibles pour l’allocation d’un budget de plusieurs milliards de shekels.
Ces agissements ont « entravé les efforts de réhabilitation et l’avancement des projets de développement régional, concernant notamment les infrastructures de qualité supérieure, les services publics et la création de nouvelles sources d’emploi », a fait remarquer le contrôleur de l’État.
Le médiateur a spécifiquement fustigé le ministère de l’Intérieur pour ne pas avoir mis en œuvre une partie du plan, d’un montant de 190 millions de shekels, qui visait à renforcer les autorités locales.

L’audit a, de plus, révélé que, pendant plus d’un an, les fonds qui étaient destinés à renforcer les autorités locales n’ont pas été utilisés. Ce n’est qu’en septembre 2025 que la Direction Tekuma a publié un appel à propositions pour distribuer 138 millions de shekels de subventions.
Aucun motif n’a été fourni pour expliquer ce retard.
Le rapport a également souligné l’existence d’un manque de coordination entre les autorités nationales et les responsables locaux, notamment le fait que la Direction Tekuma n’avait pas suffisamment consulté les conseils régionaux avant de proposer des incitations pour attirer des enseignants dont la région n’avait pas besoin.
« Aucune pénurie réelle de personnel enseignant n’a été constatée dans la région », peut-on lire dans le rapport.

L’audit a par ailleurs reproché à Tekuma d’avoir choisi de traiter directement avec les petites villes et les communautés plutôt que d’agir en coordination avec les conseils régionaux, qui font office d’autorité locale.
Une telle façon de faire, a ajouté le rapport, « complique le travail des conseils, crée des tensions entre ces derniers et les communautés, et impose une charge administrative évitable qui pourrait être atténuée grâce à la coopération ».
L’audit a en outre déploré le traitement réservé à la zone frontalière de Gaza qui n’a aucunement tenu compte des plans pour la zone métropolitaine de Beer Sheva, alors que cette dernière constitue le principal pôle d’emploi, de soins de santé et de transport pour une vaste partie de la région frontalière de l’enclave côtière.
La Direction, avec des projets tels que la grande initiative agro-technologique qu’elle a lancée pour la région et qui a ignoré celle qui avait été mise en place dans la ville voisine d’Ofakim depuis 2020, a pris le risque de créer des doublons, une concurrence inutile et un gaspillage des fonds publics, d’après le rapport.
Dans le domaine de l’éducation, l’analyse a fait valoir que les fonds spéciaux, qui étaient destinés à aider les élèves de la zone frontalière de Gaza, ont finalement été répartis dans la population scolaire.
Ainsi, les élèves de la région touchée qui fréquentaient des écoles où ils ne représentaient qu’une petite partie de la population scolaire totale ont bénéficié de moins d’avantages que ceux qui fréquentaient des écoles dans lesquelles la plupart des enfants venaient de la zone frontalière de Gaza.
Dans une école du conseil régional de Hof Ashkelon, les élèves provenant de la frontière avec Gaza ont effectivement reçu 442 shekels chacun en financement supplémentaire, alors que dans une autre école du conseil régional d’Eshkol, ils ont bénéficié de 5 866 shekels chacun, même si le montant réel versé par élève était le même, selon le rapport.

L’audit a de surcroît souligné les défaillances du ministère de la Protection de l’environnement, qui n’a pas élaboré de plan général visant à restaurer 789 hectares d’espaces naturels endommagés lors de l’invasion du Hamas et de la guerre qui a suivi.
Ce n’est qu’au mois d’août 2025 que le ministère de la Protection de l’environnement a lancé un appel aux autorités locales pour qu’elles soumettent des propositions de financement concernant un budget de 43 millions de shekels destiné à la restauration des espaces naturels.
Toutefois, d’après l’audit, « en l’absence d’un organisme de coordination des efforts de restauration [des espaces naturels], les autorités locales budgétisent et exécutent ces actions sans qu’aucune entité centralisée ne regroupe les informations sur les espaces qui ont été restaurés et ceux qui nécessitent encore des travaux ».
Cet audit est le 31e qu’a produit le contrôleur général Matanyahu Englman sur les aspects civils de la période postérieure au mois d’octobre 2023.
En décembre, la Cour suprême a ordonné à Englman de geler l’enquête en cours sur les questions de politique et de stratégie liées à l’attaque – avec notamment l’autorisation donnée à la tenue du festival de musique électronique Nova, l’état de préparation de la défense dans les villes du sud du pays, l’état des défenses à la frontière avec Gaza, ainsi que les actions et autres décisions qui avaient été prises par le gouvernement et les ministres, l’armée israélienne et le Shin Bet en date du 7-Octobre.
L’enquête d’Englman a été critiquée, considérée comme susceptible de compromettre les preuves et le processus d’enquête qui devraient être traités par une future commission d’enquête d’État.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a refusé de nommer une commission d’enquête nationale sur les erreurs commises lors de l’attaque, notamment sur les siennes, arguant que les investigations seraient biaisées au niveau politique – et il a préféré pousser le gouvernement à mener sa propre enquête sur le massacre perpétré à la frontière avec Gaza.
Le Times of Israël