Emmanuel Razavi replonge d’abord dans l’automne 1978. Chassé d’Irak, Khomeini trouve refuge en France, à Neauphle-le-Château, près de Paris. Depuis cette résidence, il reçoit intellectuels de gauche, journalistes français et étrangers, auxquels il diffuse un discours soigneusement calibré : démocratie, droits des femmes, libertés. Une rhétorique qui séduit une partie de la presse et contribue à façonner une image rassurante du futur maître de l’Iran. « Il a bénéficié d’une véritable aura médiatique internationale, alors qu’il était jusque-là largement inconnu », souligne Emmanuel Razavi.
Ce soutien indirect joue un rôle décisif. À distance, Khomeini parvient à fragiliser le régime du Shah, provoquant manifestations et troubles, jusqu’à l’exil du souverain iranien. Le retour du religieux en Iran, le 1er février 1979, à bord d’un avion d’Air France, sous l’œil des caméras du monde entier, symbolise cette bascule historique. « On avait l’impression de voir une rockstar rentrer chez elle », rappelle Razavi, évoquant même les comparaisons faites à l’époque avec Gandhi — comparaisons tragiquement démenties par la suite.
Le journaliste insiste ensuite sur la responsabilité collective des puissances occidentales. La France, les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont rapidement reconnu la République islamique, scellant définitivement le sort de l’Iran. Pour Razavi, cette décision relève d’une logique de compromis et de calcul, déjà à l’œuvre à la fin des années 1970.
Cette ambiguïté se prolonge jusqu’à aujourd’hui. Emmanuel Razavi pointe la constance française dans son refus de classer les Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste au niveau européen, malgré leur rôle central dans la répression sanglante en Iran et dans des attentats meurtriers, dont celui du Drakkar à Beyrouth en 1983. « Il y a une peur chronique du terrorisme iranien, accompagnée de petits arrangements », affirme-t-il.
Enfin, Emmanuel Razavi évoque l’influence persistante des réseaux iraniens en France, notamment via l’ambassade à Paris, et le sentiment d’impunité de dignitaires iraniens convaincus que la France resterait un refuge. Un héritage direct, selon lui, de choix politiques faits il y a plus de quarante ans.