La reconnaissance du Somaliland n’est pas seulement un succès diplomatique pour Israël ; c’est aussi une démarche géopolitique qui aura des retombées très positives pour l’économie israélienne.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé deux décisions qui constituent pour Israël une rupture géopolitique majeure tout en laissant entrevoir un nouvel ordre régional :

  • la reconnaissance du Somaliland,
  • la fin de l’aide américaine d’ici dix ans.

A priori, aucun lien entre ces deux décisions ; sauf si on les envisage sous un angle strictement économique.

En stratège averti, Benyamin Netanyahou ne prend pas de décisions au hasard : en devenant une porte d’entrée de l’Afrique pour Israël, le Somaliland pourrait compenser le manque-à-gagner de la fin de l’aide américaine à Israël, si ce n’est davantage.

Une chose semble sûre : le potentiel commercial d’une reconnaissance mutuelle entre Israël sous Netanyahou (dit aussi Bibiland) et un pays d’Afrique stable (comme le Somaliland) est très lourd ; ses effets pourraient être immédiats et très significatifs pour l’économie israélienne.

Débouchés commerciaux

Selon la balance commerciale d’Israël pour 2025 que vient de publier l’Institut de la Statistique (CBS) à Jérusalem, l’Afrique ne représente qu’un débouché commercial très modeste pour Israël.

L’an passé, les exportations israéliennes de marchandises vers le continent africain ont totalisé 680 millions de dollars ; autrement dit, Israël fournit à l’Afrique seulement 1 % de ses exportations totales (60 milliards de dollars en 2025).

Parmi les partenaires africains clients d’Israël, on trouve trois pays qui ont absorbé, en 2025, les trois quarts des marchandises israéliennes destinées à l’Afrique :

  • l’Egypte, qui a acheté 203 millions de dollars en produits israéliens (du gaz notamment),
  • l’Afrique du Sud, qui a acheté à Israël des marchandises pour un montant de 158 millions de dollars (technologies de l’eau, de l’énergie et de l’agriculture),
  • le Maroc, qui arrive en troisième position des clients africains d’Israël avec 116 millions de dollars d’achats en 2025 (notamment des technologies agricoles et médicales).

Derrière ses trois leaders commerciaux africains, figurent dans la balance commerciale d’Israël des partenaires plus modestes comme le Kenya, le Nigeria et l’Ouganda.

Deux milliards d’Africains

Nul doute qu’un accord avec le Somaliland pourrait accélérer les échanges commerciaux avec d’autres pays africains, comme l’Éthiopie, la Zambie et la Tanzanie.

Sans compter que beaucoup de pays africains ont fait preuve en 2025 d’une croissance économique phénoménale (6-8 %) comme le Sénégal et le Rwanda ; des économies au potentiel élevé pour les entreprises et investisseurs israéliens.

Autre potentiel africain : sa démographie galopante. En 2025, l’Afrique totalisait 1,5 milliard d’habitants, soit 18 % de la population mondiale. D’ici à 2040, l’Afrique aura dépassé les 2 milliards d’habitants ; un marché considérable et en constante extension pour les entreprises israéliennes.

Autrement dit, l’accord avec le Somaliland ouvre au Bibiland les portes d’un continent qui représente une formidable opportunité pour les hautes technologies israéliennes : l’Afrique n’est plus une destination pour la seule aide humanitaire, mais un marché avide de technologies, de connaissances et d’investissements.

Potentiel inexploité

D’ailleurs, Israël dispose de tout ce dont l’Afrique a cruellement besoin dans des domaines variés :

  • agriculture intelligente,
  • dessalement et énergies renouvelables,
  • industries militaires et cybersécurité,
  • technologies de la santé, etc.

Inversement, l’Afrique dispose de vastes réserves de métaux et sources d’énergie (or, cobalt, lithium, etc.) qui font défaut à l’économie israélienne pour développer ses technologies numériques et accélérer sa transition verte.

En ce début 2026, les dirigeants israéliens, et Benyamin Netanyahou en tête, réalisent que l’Afrique du 21ᵉ siècle n’est pas un marché comme les autres ; désormais, l’épicentre de la croissance mondiale se déplace de l’Asie vers les économies africaines.

Il aurait été dommage de ne pas profiter de ce marché au potentiel inespéré, surtout s’il offre aussi des opportunités d’ordre stratégique ; tant pis pour ceux qui doutent des bonnes intentions du Premier ministre israélien…

à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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