Ce lundi à 7h05 sur Radio J. Chronique de Daniel Rouach dans l’émission d’Ilana Ferhadian.
Les oiseaux de malheur ont perdu! Renaut a eu raison de lancer un projet formidable. Révélations sur le Renault Innovation Lab à Tel Aviv qui est actif et avait été inauguré en juin 2019 par Renault. Des anciens étudiants de l’ESCP Business School font partie de l’équipe dirigeante du Renaul Lab. Amos Chupak (Directeur) et Emmanuel Nahmias (Business Development).
Renault Group Tel Aviv Innovation Lab.
Ce laboratoire d’innovation se concentre sur les domaines clés tels que les capteurs pour la conduite autonome, la cybersécurité et les mégadonnées.
Il collabore avec des start-ups israéliennes et travaille sur plus des de prototypage conjoints, notamment avec des entreprises comme Apollo Power, Argus et IRP Systems.
Le laboratoire est situé dans le parc Atidim à Tel Aviv et dispose d’une superficie de 1600 mètres carrés, permettant aux start-ups de tester leurs technologies avec des véhicules réels.
Il est également partenaire de l’Autorité israélienne de l’innovation et bénéficie d’un financement avantageux pour les projets de POC (Proof of Concept) axés sur la mobilité intelligente.
L’objectif du « Renault Open Innovation Lab » est de favoriser l’intraprenariat au sein du groupe et d’élaborer des partenariats avec différentes start-up.
Un projet en collaboration avec la start-up israélienne OSV a été présenté au CES de Las Vegas. Il s’agissait d’un concept-car appelé POM. Le véhicule, monté sur le modèle de la voiture Twizy, est disponible en open source. Il est ainsi possible de le modifier à sa guise.
SELON ANTOINE LESME. LORS DU LANCEMENT DU LAB.
A. Brightway Vision, des capteurs infrarouge pour la vision à distance
Comme souvent en Israël, la technologie de vision nocturne développée par Brightway Vision (BWV) est née d’une grande entreprise de défense non gouvernementale, en l’occurrence Elbit System, actionnaire de BWV. « Le principe, explique Ofer David, le fondateur-président, consiste à illuminer l’environnement à l’aide d’une brève impulsion laser infrarouge, et de prendre des clichés très brefs à mesure que la lumière réfléchie par la scène revient vers le capteur. On découpe ainsi l’image en tranches qui correspondent à des distances. »
Le système permet de repérer n’importe quel objet jusqu’à 250 mètres, et dans n’importe quelle condition atmosphérique, de jour ou de nuit. Pour l’instant, la technologie sert à prévenir les risques, mais à terme elle pourrait aussi devenir utile pour la conduite autonome. En attendant, c’est surtout le rapport coût/efficacité qui a charmé l’Alliance. « Pour les besoins du test de faisabilité, un émetteur dédié a été placé dans le bas du pare choc, en plus d’un capteur dans la voiture. La technologie, qui repose sur un capteur CMOS, devrait être bien moins chère qu’un LIDAR par exemple, mais pourrait s’avérer très efficace, notamment de nuit ou dans des conditions météorologiques difficiles », confirme Antoine Basseville.

B. IRP systems, un moteur plus performant
Financé en partie par L’Autorité d’Innovation Israélienne, Renault a initié dès 2017 un partenariat avec IRP sur le contrôleur du moteur électrique, qui gère à fois le moteur et la batterie. Antoine Basseville nous montre le prototype installé sur une Twizy : « Ici on a un prototype de moteur environ deux fois plus petit que l’original, avec une efficacité supérieure d’environ 15%. Ce saut est permis par une innovation liée à la commande. Elle permet notamment une accélération vraiment linéaire, ce qui procure plus de plaisir durant la conduite », souligne Antoine Basseville.
La prochaine étape sera de développer cette solution sur des moteurs plus conséquents, comme celui de la Zoé. « Nous avons déjà commencé les tests », précise le directeur du laboratoire. En plus de cette technologie, Renault a adapté des panneaux photovoltaïques sur le toit et le capot de la Zoe, en collaboration avec la start-up Apollo Power. Faciles à installer, les panneaux marchent comme des autocollants et permettent de réduire le coût énergétique de la voiture du futur.
C. Avec Upstream, l’Alliance choisit la sécurité
L’Alliance Renault-Nissan se montre très prudente dans ses investissements. Si elle a engagé des partenariats avec plus de 10 start-ups israéliennes, elle n’a pour l’instant investi que dans l’une d’entre elles : Upstream. Aucun chiffre n’a pour l’instant été divulgué. Mais lors de sa dernière levée de fonds atteignant les 30 millions d’euros, Upstream a cité l’Alliance comme l’un de ses contributeurs. La pépite israélienne développe une plate-forme nommée Upstream Security C4 (pour Centralized Connected Car Cybersecurity), destinée à protéger les véhicules connectés eux-mêmes ainsi que les services associés.
Via une interface, les constructeurs automobiles et les gestionnaires de flottes peuvent détecter les cybermenaces en temps réel et répondre aux attaques ciblant n’importe quelle partie du châssis des véhicules connectés, assure Upstream Security. Dans son rapport d’avril 2019, l’entreprise israélienne détaille les événements constatés : 47% des incidents auraient été des tentatives d’intrusion à distance, 18% des attaques de serveurs liés aux véhicules et caractérisées par du rançonnage, et 8% des attaques directes sur des véhicules. Upstream Security cherche à créer un parapluie virtuel de protection des véhicules contre toutes ces intrusions.

D. Moodify, la solution qui sent bon
Il y a des idées qui surprennent. Moodify est l’une d’elle. Cette nouvelle start-up veut remplacer les désodorisants pour voiture par un gadget qui peut non seulement combattre les mauvaises odeurs, mais aussi garder les conducteurs alertes, et même réduire le stress et l’agressivité. « Nous avons testé les premiers échantillons et le résultat est bluffant ». Moodify a un accord de licence exclusif avec l’Institut Weizmann pour commercialiser les recherches olfactives de l’université israélienne, afin de produire en masse une variété de produits « à parfum actif ».
Le premier produit de la société, Moodify White, élimine la perception des mauvaises odeurs en affectant temporairement la façon dont le cerveau les interprète. Un second produit, Moodify Red, a pour objectif de réveiller le conducteur et donc d’empêcher un accident. L’odeur, cette fois-ci, n’est pas neutre et peut même être assez désagréable. Si la solution a été expertisée par le lab, Antoine Basseville travaille encore sur la façon de l’exploiter : le client serait-il prêt à être réveillé brutalement ou préférerait-il appuyer lui-même sur un bouton ? Quid du conducteur qui ne serait pas seul, et aurait par exemple des enfants dormant dans sa voiture ?

E. Une vision à long terme
Le laboratoire Renault-Nissan-Mitsubishi de Tel-Aviv a des objectifs sur le long terme. Des innovations concrètes pourraient voir le jour au bout de cinq ans minimum, même si certaines solutions, notamment logicielles, pourraient être importées plus rapidement. L’essentiel, pour l’heure, est de s’être fait une place dans l’écosystème israélien et d’avoir commencé à travailler avec plusieurs start-up triées sur le volet. Antoine Basseville ne cache pas qu’il existe des difficultés, liées notamment à la confrontation de deux cultures.
Les Israéliens sont souvent pressés et « rentre dedans », au contraire des Français, un peu « old school »… Le directeur du laboratoire se fait moins loquace sur la compétition qui fait rage en Israël autour des différents constructeurs qui, comme BMW, Mercedes ou Chrysler, se sont attachés les services des perles de la technologie israélienne. L’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi n’a pas enclenché les mêmes moyens financiers, mais elle est désormais bien positionnée pour tirer son épingle du jeu.
F. En 2020. La startup israélienne en sécurité informatique Cybellum s’associe avec un centre d’innovation mis en place par les constructeurs automobiles Renault-Nissan-Mitsubishi. L’objectif est de construire de nouvelles solutions de sécurité informatique pour le marché de l’automobile.
Cette collaboration intervient après les succès obtenus par les solutions informatiques que Cybellum a développées au Laboratoire d’alliance de l’innovation. Celui-ci a été mis en place par trois constructeurs à Tel Aviv l’année dernière. Il s’agit d’utiliser les technologies de pointe pour les véhicules du futur dans les domaines de l’électrification, des véhicules connectés, des services, de la conduite automatique et des nouveaux services de mobilité.
La sécurité informatique s’inscrit dans cet effort, ont déclaré le Laboratoire d’alliance de l’innovation et Cybellum dans un communiqué commun.
L’annonce de leur collaboration intervient alors que les Nations unies mettent en place les régulations sur la sécurité informatique et les mises à jour de programmes informatiques qui entreront en vigueur en janvier 2021. Cela ouvrira la voie à « un déploiement massif des véhicules connectés ».
Les voitures d’aujourd’hui peuvent avoir jusqu’à 150 unités électroniques de contrôle et environ 100 millions de lignes de code informatique, quatre fois plus que dans un avion de combat, notaient les Nations unies dans une publication sur ses régulations du 25 juin. Le nombre devrait fortement augmenter pour atteindre 300 millions de lignes de code d’ici 2030.
Tout cela arrive avec des « risques significatifs en matière de sécurité informatique », ont fait savoir les Nations unies. Les pirates informatiques peuvent chercher à avoir accès à des systèmes électroniques et des données, ce qui pourrait menacer la sécurité des véhicules et la vie privée de consommateurs.
Cybellum a développé des logiciels pour évaluer le risque global en matière de sécurité informatique pour la voiture, par opposition à l’évaluation du risque d’un seul composant ou manuellement, comme c’est souvent le cas aujourd’hui.
La technologie de la startup permet de détecter automatiquement un large éventail de défaillances dans les unités de contrôle de la voiture et d’autres programmes mobiles en vérifiant les composantes des logiciels intégrés sans avoir besoin d’accéder à leur code source. Les constructeurs peuvent ensuite prendre des mesures pour éliminer tout risque d’attaque informatique dans le processus de développement et de production avant qu’un dégât ne soit causé, tout en surveillant d’autres menaces.
« Notre collaboration avec Cybellum apportera sur le marché la première solution permettant d’évaluer le risque de vulnérabilité sur l’ensemble du véhicule, d’aider les marques de l’alliance à gérer le risque avec précision, d’économiser du temps et d’être compétitif pour les régulations à venir », a déclaré Eldad Raziel, responsable de la sécurité informatique au laboratoire de l’Alliance d’innovation.
La startup a déjà scellé plusieurs partenariats avec 10 constructeurs d’équipements de voitures et des fournisseurs Tier-1 dans le monde, précisait le communiqué.
« Au laboratoire, nous cherchons des approches novatrices et fraîches aux problèmes les plus fondamentaux dans notre industrie, parmi lesquels la sécurité informatique, a déclaré Etienne Barbier, directeur au laboratoire innovation, dans un communiqué. « La gestion des logiciels de sécurité ne constitue plus une activité optionnelle pour les constructeurs automobiles mais une transformation obligatoire pour un futur avec des programmes complètement automatisés, qui s’auto-évaluent et s’auto-corrigent. L’équipe Cybellum a posé les bases technologiques nécessaires pour faire de ce futur une réalité ».
La coopération cherchera à mettre à profit les solutions de Cybellum « pour obtenir une visibilité complète et continue » du risque en matière de sécurité informatique pour les véhicules et donner les conseils nécessaires sur les moyens de remédier à ces risques, notait le communiqué.
L’expertise des fabricants d’automobile concernant les « architectures des véhicules actuels et futurs conjointement à la place importante de la sécurité créé une vision partagée de la manière dont le cycle de vie des logiciels automobiles devrait évoluer pour répondre aux nouvelles réalités du marché », a déclaré Slava Bronfman, PDG de Cybellum, dans le communiqué.
Le laboratoire collabore avec l’écosystème local d’innovation à travers des initiatives communes pour produire des prototypes. Jusqu’à présent, il a dirigé plus de 15 projets collaboratifs et des essais de concept avec des startup israéliennes. Le laboratoire fournit aux startup locales l’espace pour tester des technologies sur de vrais véhicules, mais aussi une équipe d’ingénieurs présente en permanence en Israël.