Lors de La Grande Édition de ce mercredi soir, l’analyste politique Daniel Haïk a proposé une lecture du choix de Benjamin Netanyahou de remettre sur la table, à ce moment précis, la question du gel partiel des livraisons d’armes américaines à Israël. Une sortie qui n’a rien d’anodine et qui s’inscrit, selon lui, dans une stratégie à la fois interne et internationale.
Première lecture, qualifiée de « soft » par Daniel Haïk : le Premier ministre israélien poursuit un objectif qu’il assume de plus en plus ouvertement, celui de faire d’Israël une puissance militaire pleinement autonome, moins dépendante de l’armement américain. En évoquant l’épisode de mai 2024, lorsque l’administration de Joe Biden avait suspendu l’envoi de certaines bombes lourdes, Netanyahou cherche à ancrer dans l’opinion israélienne l’idée qu’une dépendance stratégique comporte des risques. Le gel américain, motivé à l’époque par l’opposition à une offensive à Rafah jugée trop coûteuse en vies civiles, reste un traumatisme politique et militaire que le chef du gouvernement instrumentalise aujourd’hui pour justifier une doctrine d’autarcie sécuritaire.
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Mais Daniel Haïk avance une seconde hypothèse, plus « hard » et éminemment politique. Cette sortie serait aussi un signal adressé à Donald Trump, revenu au centre du jeu. En soulignant implicitement la « défaillance » de l’administration Biden, Netanyahou renverrait l’ascenseur à un allié qui, à plusieurs reprises, a publiquement soutenu sa cause, y compris sur le terrain judiciaire. Une forme d’échange de bons procédés entre partenaires politiques de longue date, sur fond de rivalités américaines.
Pour Daniel Haïk, ces deux lectures ne s’excluent pas. Elles se complètent. En ravivant le dossier de l’embargo maintenant, Netanyahou parle à la fois à son opinion publique, à son appareil sécuritaire et à ses alliés à Washington. Une manœuvre calculée, où la mémoire d’un gel d’armes devient un levier stratégique, au service d’une vision : celle d’un Israël plus souverain militairement, et plus aligné politiquement avec la nouvelle donne américaine.