Tel Aviv. La bulle du Moyen-Orient. À quelques encablures de là, à peine une dizaine de minutes en voiture, le décor est sensiblement différent. Les shorts laissent place aux tenues religieuses réglementaires : jupes longues pour les femmes, redingotes et chapeaux noirs pour les hommes. Bienvenue à Bnei Brak, le nouvel eldorado high-tech des ultra-orthodoxes d’Israël.

Parmi les pauvres du pays

En Israël, les haredim, les ultra-orthodoxes, représentent 12 % de la population mais participent peu ou prou à l’économie du pays. À l’horizon 2060, selon le bureau central des statistiques israélien, ils pourraient même représenter un tiers de la population… Pour ne pas succomber aux tentations du monde extérieur, ils n’ont pas de télé, ni d’Internet. Les hommes se consacrent à l’étude de la Torah dans des écoles talmudiques, les yeshivot. Avec plus de 70 % des hommes et 50 % des femmes sans emploi, et un fort taux de natalité, les ultra-orthodoxes font partie des groupes les plus pauvres du pays.

Pourtant, face à un gouvernement désireux de mieux intégrer ce pan de la population, plusieurs initiatives ont été lancées ces derniers mois. C’est le cas de Kama Tech, une organisation à but non lucratif qui oeuvre à l’intégration de cette communauté dans le secteur laïc de la high-tech. « J’ai découvert qu’il était très complexe d’être un haredi (ultra-orthodoxe, ndlr) et de trouver sa place dans une nation start-up », raconte Moshe Friedman, l’un des fondateurs de Kama Tech. « Le monde des start-ups est très laïc. J’étais vu comme un étranger. »

Moshe Friedman (à droite), lors du salon KamaTech 2017.

Mais Friedman ne se décourage pas. Avec l’aide de Zika Abzuk, la responsable du développement commercial de Cisco Israël, il convainc plusieurs géants de la technologie, comme IBM, Microsoft ou Intel de recruter les mystérieux « craignant-Dieu ». En mettant à leur disposition une subvention de 20 000 shekels (environ 5 000 euros), Kama Tech est devenu depuis quatre ans un acteur incontournable de l’insertion des haredim dans le monde du travail.

Propulsés par Kama Tech, les haredim redoublent d’ingéniosité pour infiltrer les plus hautes sphères de la start-up nation. Alors l’avenir de la high-tech appartient-il aux ultra-orthodoxes ? Pas impossible. En attendant, cette intégration économique permet déjà à quantité de foyers ultra-orthodoxes de bénéficier de salaires équivalents à ceux du reste de la population israélienne. Et tant pis si cette ®évolution n’est pas vraiment du goût des rabbins les plus réputés et respectés du pays.

https://usbeketrica.com/fr/article/les-juifs-ultra-orthodoxes-a-la-conquete-de-la-high-tech

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