La pétition européenne lancée par LFI pour suspendre l’accord UE-Israël va-t-elle réussir ?

140 000 signatures en seulement trente-six heures pour demander la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël.

Une initiative citoyenne européenne (ICE)  connaît un démarrage fulgurant : plus de 140 000 signatures ont été recueillies en trente-six heures pour demander la suspension totale de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Déposée sur le site officiel de la Commission européenne, la pétition vise à contraindre Bruxelles à se prononcer sur un texte considéré comme la pierre angulaire des relations commerciales, économiques et politiques entre l’Union européenne (UE) et l’État hébreu. Pour ses initiateurs, maintenir cet accord reviendrait à « légitimer et financer un État qui commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

D’après les chiffres transmis par la Commission, les signatures proviennent des vingt-sept États membres. La France domine largement la mobilisation avec 79 259 soutiens, devant l’Italie (19 145) et l’Espagne (11 613), un contraste qui souligne une forte dynamique dans le sud de l’Europe. Pour les élus LFI, qui ont massivement relayé l’appel sur les réseaux sociaux, cette campagne représente un moyen de mettre fin à la « complicité de l’Union européenne avec le génocide en Palestine », selon les mots de la députée Clémence Guetté.

L’accord d’association UE–Israël, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, constitue le socle du partenariat. Il encadre le dialogue politique, facilite le libre-échange dans plusieurs secteurs, notamment industriel et agricole, et permet à Israël de participer à certains programmes européens comme Horizon Europe.

L’UE est d’ailleurs le premier partenaire commercial d’Israël : en 2024, 28,8 % des exportations israéliennes étaient destinées aux Vingt-Sept et 34,2 % des importations du pays en provenaient, pour un volume total de 42,6 milliards d’euros.

Cette mobilisation intervient dans un contexte où les appels à revoir les relations entre l’UE et Jérusalem se sont multipliés.

En février, plus de 120 organisations de la société civile avaient demandé la suspension de l’accord ; quelques mois plus tard, les Pays-Bas réclamaient un examen du respect de l’article 2, une démarche jugée « légitime » par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

En septembre, Ursula von der Leyen avait même évoqué une suspension partielle de certaines dispositions, tout en reconnaissant la difficulté de réunir une majorité d’États membres sur un sujet aussi clivant.

En octobre, un changement de climat diplomatique est intervenu après l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, parrainé par le président américain Donald Trump. À l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a affirmé que l’UE ne renonçait pas totalement à d’éventuelles sanctions, estimant que « tant que nous ne verrons pas de changement tangible et durable sur le terrain, la menace de sanctions restera sur la table ». Aucune mesure n’a été adoptée « pour l’instant », mais Bruxelles avait déjà préparé une première liste de sanctions en juillet, restée en suspens depuis.

La chef de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, prenant la parole lors d’une conférence de presse, à la suite d’une vidéoconférence informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE pour aborder la situation au Moyen-Orient, à Bruxelles le 17 juin 2025. (Crédit : Nicolas Tucat/AFP)

Les Vingt-Sept tentent désormais de réinvestir le terrain diplomatique par d’autres leviers : aide humanitaire, reconstruction, sécurité.

L’UE envisage notamment de renforcer la mission européenne au poste-frontière de Rafah, interrompue en 2007, et de relancer une mission destinée à former les forces de police palestiniennes.

L’UE, principal donateur des Palestiniens avec un budget de 1,6 milliard d’euros sur la période 2025–2027, compte aussi utiliser ce levier pour encourager des réformes plus qu’attendues au sein de l’Autorité palestinienne (AP).

Pour l’heure, l’initiative citoyenne n’a pas d’effet contraignant : même si le million de signatures est atteint dans au moins sept États membres, la Commission ne sera tenue que d’examiner la demande et d’y répondre, sans obligation de proposer une suspension. Si elle devait être décidée, celle-ci ne mettrait pas fin aux échanges entre l’UE et Israël, mais supprimerait les exemptions de droits de douane prévues par l’accord.

Les organisateurs espèrent cependant que l’ampleur de la mobilisation suffira à remettre au cœur du débat européen une question devenue explosive depuis plus de deux ans.

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