Poursuite judiciaire colossale contre El Al et l’Histadrut.
Une bataille judiciaire d’une ampleur exceptionnelle s’ouvre en Israël avec le dépôt d’une demande d’autorisation de recours collectif visant El Al et la Histadrut. En jeu : environ 650 millions de shekels réclamés au nom de quelque 3 000 employés, personnels navigants et salariés au sol, qui estiment avoir subi une atteinte durable à leurs droits sociaux et à leurs retraites.
À l’origine de la procédure se trouve l’Association pour la promotion du statut des agents de bord en Israël. Selon ses représentants, un mécanisme salarial appliqué pendant de longues années aurait faussé le calcul des rémunérations servant de base aux pensions, aux indemnités de licenciement et aux droits à la retraite. Le cœur du litige repose sur l’instauration d’un système de « salaire fixe » : des composantes de rémunération présentées comme techniques auraient, en pratique, remplacé des augmentations collectives pourtant prévues dans les conventions.
D’après les requérants, cette architecture salariale aurait entraîné une perte moyenne estimée à 216 000 shekels par employé. Tant que les salariés demeuraient en activité, l’impact restait peu perceptible. Mais la situation a changé brutalement avec la pandémie de Covid-19. Les vagues de licenciements et de départs anticipés à la retraite ont agi comme un révélateur : de nombreux employés ont découvert, au moment de liquider leurs droits, que les montants versés étaient bien inférieurs à leurs attentes.
La plainte vise également l’Histadrout, accusée de ne pas avoir rempli son rôle de protection des travailleurs. Les plaignants évoquent un « manquement représentatif », estimant que la centrale syndicale a laissé perdurer un dispositif contesté malgré des alertes répétées. Des lettres d’avertissement auraient été adressées à la compagnie aérienne comme au syndicat avant toute action en justice, sans qu’aucune correction substantielle n’ait été apportée.
Sur le plan juridique, l’enjeu est considérable. Si le recours collectif est autorisé, il pourrait ouvrir la voie à l’un des plus importants contentieux sociaux jamais engagés dans le secteur aérien israélien. Les montants réclamés tiennent compte non seulement des pertes passées, mais aussi des droits futurs amputés pour des milliers de familles.
De son côté, El Al adopte pour l’instant une posture prudente. La compagnie a indiqué qu’elle examinerait attentivement la requête avant de présenter sa position au tribunal. Des observateurs du secteur estiment toutefois que la démonstration juridique sera complexe. Il faudra notamment établir que le mécanisme salarial contesté contrevenait explicitement aux accords collectifs, et qu’il a causé un préjudice mesurable et généralisé.
L’affaire intervient dans un contexte déjà tendu pour la compagnie nationale israélienne, fragilisée par les conséquences économiques de la crise sanitaire et par les transformations profondes du transport aérien mondial. Pour les salariés concernés, le procès dépasse la question financière : il touche à la reconnaissance de droits acquis et à la confiance dans les mécanismes de négociation collective.
Si la procédure s’annonce longue, elle pourrait aussi avoir des répercussions plus larges sur les relations sociales en Israël. Les entreprises comme les syndicats observent avec attention un dossier susceptible de redéfinir les responsabilités respectives des employeurs et des organisations représentatives lorsqu’il s’agit de structures salariales complexes. Le tribunal devra trancher entre la légalité formelle des accords et leurs effets concrets sur les droits à long terme des travailleurs.
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