Rencontre avec Christine Angot en décembre 2025.
CRIF: « La première séquence de la soirée était une conversation avec l’écrivaine, romancière et cinéaste Christine Angot, menée par Guillaume Erner, producteur de la matinale de France Culture.
Guillaume Erner a introduit cette rencontre en rappelant l’importance du texte publié par Christine Angot dans Libération à la suite des évènements qui se sont déroulés à l’Université Paris 8. En introduction, Christine Angot a lu ce texte, « très dense mais très court », comme l’a rappelé Guillaume Erner.
« Mais qui êtes-vous ? Vous êtes les salauds ordinaires. Mais qui êtes-vous ? On ne voit pas vos visages, on entend juste une meute sur cette vidéo du 15 octobre. […] Vous libérez la parole. La parole antisémite, je veux dire […] Vous ne regrettez pas le 7-Octobre. »
« Vous êtes les salauds du moment, vous êtes les nouveaux salauds. […] Pour vous, le 7-Octobre, c’est une très bonne chose. Ils ne l’ont pas volé, leur pogrom. »
Christine Angot est revenue sur les raisons de l’écriture de ce texte. Elle a rappelé combien elle avait ressenti la nécessité de l’écrire. « Ce n’est pas une décision, c’est à faire. Ce sont les choses qu’on fait, qu’on ne réfléchit pas. […] Ce n’est pas une décision, c’est un acte. »
Elle a dit combien elle en avait « marre » qu’on s’habitue à ces choses-là, combien elle ressentait de la tristesse et de l’isolement. Avec beaucoup d’émotion, l’écrivaine est revenue sur son histoire personnelle, sur l’histoire de sa mère, que son père n’a pas épousé à l’époque du fait de sa religion. Christine Angot se rappelle avoir épelé, toute son enfance, son nom, celui de sa mère : « Schwartz ».

A posteriori, sa mère a demandé à son père de donner son nom, « Angot », à sa fille, celui d’un intellectuel français. Si ce n’est pas elle qui a fait la démarche, son livret de famille a changé. Christine Angot raconte l’inceste et le viol qu’elle a subis. « J’ai été violée par ce père pendant trois ans ».
« Je faisais les choses en réfléchissant mais sans penser » et « j’ai décidé […] récemment de reprendre mon nom ». Si Angot restera sur les couvertures des livres, « je vais reprendre mon nom et j’en suis très contente ».
Guillaume Erner l’a ensuite interrogée sur la signification du mot « juif » pour elle lorsqu’elle était petite. Christine Angot raconte combien sa mère, juive par son père, a très peu vécu avec ce dernier, qui est parti lorsqu’elle avait quatre ans. Ce père ne lui a rien transmis de sa judéité, sauf ce nom de « Schwartz » qu’elle a porté pendant la guerre. Christine Angot, contrairement à sa mère, le savait. « J’avais cette conscience, et elle passait par les voyages et les langues étrangères que parlait mon grand-père. »
« J’ai vraiment commencé à voir de l’antisémitisme auprès de moi […] dans le dialogue avec mon père. »
Sur l’inceste, Christine Angot rappelle que « l’inceste n’est pas une pratique sexuelle, c’est une méthode d’humiliation » ; l’inceste humilie et nie le rapport du père à sa fille. Il est également, selon elle, un moyen de « salir [sa] mère ». Elle rajoute : « l’inceste est une déshumanisation de la personne ».
L’écrivaine raconte combien, chaque jour, auprès de sa mère, elle apprend de nouvelles choses sur son histoire, et notamment sur son rapport au judaïsme. Elle raconte combien la psychanalyse est centrale dans sa vie, comme un héritage et un cadeau des Juifs au monde entier.
Sur l’antisémitisme, le président du Crif a interrogé Christine Angot sur « son » 7-Octobre et sur son voyage récent en Israël, où elle s’est rendue pour la première fois. Elle est revenue sur sa visite du pavillon mémoriel mis en place par le Crif en octobre 2025 à l’occasion des deux ans du 7-Octobre.
Sur Israël, elle dit avec force : « c’est là où il faut être […] il n’y a pas d’antisémitisme ». Elle raconte combien elle ne souhaite plus se cacher, d’où sa démarche de reprendre son nom de famille, Schwartz.
Le président du Crif a remercié l’écrivaine pour sa sensibilité et son courage. Christine Angot a signé son livre à l’issue de la seconde conférence avec le Premier ministre, Manuel Valls ».
