L’arrivée triomphale au pouvoir du travailliste Keir Starmer au Royaume-Uni est clairement une réaction liée au désenchantement post-Brexit. Un nouveau Premier ministre pour gérer un pays affaibli avec, pêle-mêle, un potentiel de croissance raboté, des inégalités accrues et des finances dans le rouge. Contrairement aux prévisions catastrophistes, le pays ne s’est peut-être pas effondré depuis le jour où il s’est coupé du grand marché européen, mais il se traîne. La hiérarchie des croissances montre une économie britannique en retrait par rapport à la zone euro et à l’UE à 27, une situation opposée par rapport aux cinq années précédant le vote où elle dominait alors le classement. Les causes de ce déclassement font débat.


L’investissement productif décroche


C’est un fait, la séparation entre le Royaume-Uni et l’UE s’est inscrite dans une période de fortes turbulences mondiales (Covid, guerre en Ukraine, etc.) dont les conséquences lui ont été dommageables. Mais ces crises, tous les pays européens les ont affrontées. Elles ne peuvent donc expliquer à elles seules les piètres performances de l’économie britannique. Le Brexit a en fait semé le doute dans la tête des dirigeants d’entreprises et, ce faisant, entraîné le décrochage de l’investissement productif. Ce dernier se retrouvait au 4ème trimestre 2023 à plus de 20% du niveau qu’il aurait atteint s’il avait poursuivi sa trajectoire observée avant le vote du Brexit. Cette perte d’investissement, qui a réduit la productivité du pays, a de surcroît été amplifiée par la réduction des flux d’investissements étrangers.


Le commerce avec l’UE en recul, mais les services résistent mieux


Le rétablissement des barrières douanières non tarifaires avec l’UE n’est pas neutre non plus. Les nouvelles formalités frontalières, les nouveaux contrôles réglementaires ont entraîné un net recul du commerce avec le Continent. Mais plus fondamentalement, la sortie progressive des industriels britanniques des chaînes d’approvisionnement européennes se confirme mois après mois : les importations de composants en provenance de l’UE baissent et, de ce fait, moins de produits sont vendus tant vers l’Union européenne que le reste du monde. C’est une atteinte de plus au potentiel de croissance du pays.


Moins entravées dans les échanges que les marchandises, les exportations de services en direction de l’UE sont en revanche en forte progression depuis 2019. Le conseil, les télécommunications, l’informatique, points forts du Royaume-Uni, n’ont pas été impactés par le Brexit. Surtout, aucun cataclysme n’est venu ébranler la City. C’est l’un des rares points de résistance.


Une dette passée au-dessus de 100% du PIB


De son côté, le marché du travail souffre d’un problème d’offre. Le Royaume-Uni est le seul grand pays européen où la main-d’œuvre stagne à son niveau pré-pandémie. Le frein à l’emploi des Européens après le Brexit n’a pas été compensé par les flux venant du reste du monde ; surtout, il ne s’agit pas des mêmes profils et des mêmes compétences.


Globalement, la capacité du pays à créer des richesses est entamée, ce qui a des répercussions directes sur le pouvoir d’achat des ménages au point mort depuis plusieurs années. Facteur aggravant, les inégalités, que l’on pouvait légitimement tenir pour largement responsables du vote en faveur d’un Brexit, au lieu de se résorber, se sont accentuées, en particulier depuis le Covid, et atteignent des records avec une paupérisation des plus déshérités : plus de 3 millions de colis alimentaires d’urgence ont ainsi été distribués entre mars 2023 et avril 2024, record pulvérisé.


Il s’agit là d’une sacrée épine dans le pied du nouveau gouvernement, car il sera difficile de mettre en place une politique de redistribution sans en assurer le financement. Les caisses sont vides, les déficits publics se sont accumulés ces dernières années et la dette évolue au-dessus du cap symbolique des 100% du PIB. Il y a aussi l’exemple de Liz Truss, l’éphémère Premier ministre qui, dès son arrivée, a déclenché une panique financière en annonçant un plan de soutien évalué entre 100 et 200 milliards de livres sans financement clair. L’économie britannique a perdu un sacré atout le jour où elle a fait scission avec ses partenaires. Un pied dedans, un pied dehors, sa position particulière lui offrait un rôle spécifique de tête de pont vers l’UE à l’égard du reste du monde dont elle avait retiré de considérables avantages. C’est terminé, ce n’est pas encore digéré et le nouvel exécutif aura fort à faire pour remettre l’économie en ordre de marche.

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Publié le mardi 16 juillet 2024 . 4 min. 23

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