C’est par un courrier adressé aux étudiants et au personnel de Harvard que Claudine Gay a renoncé, mardi 2 janvier, à la direction de la prestigieuse université de la côte Est. Née à New York en 1970 dans une famille d’origine haïtienne, cette professeure de sciences politiques était dans le collimateur de la droite américaine depuis une audition houleuse au Congrès consacrée, le mois dernier, à l’antisémitisme sur les campus.

Les répercussions du conflit sur les campus.

Mardi 5 décembre, elle avait fait face, dans un climat électrique, aux questions d’élus de la Chambre des représentants enquêtant sur les manifestations, après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, dans les universités. Certaines de ses réponses avaient choqué. Notamment quand, interrogée par la républicaine Elise Stefanik pour savoir si « appeler au génocide des juifs violait le règlement sur le harcèlement à Harvard », elle avait tergiversé. « Cela peut, en fonction du contexte », avait-elle répondu, s’attirant les foudres de nombreux observateurs.

Ce 5 décembre, Claudine Gay et ses homologues de l’université de Pennsylvanie (UPenn) et du MIT (Massachusetts Institute of Technology), également auditionnées, avaient tenté de naviguer entre les exigences de la liberté d’expression, très importante aux États-Unis, et la nécessaire vigilance face à l’antisémitisme. Il n’empêche que leurs réponses avaient été jugées par beaucoup, y compris à la Maison-Blanche, comme manquant de clarté et de fermeté.

Quant au camp républicain, il était depuis à l’offensive, dans l’arène politique comme sur les réseaux sociaux, pour obtenir la démission des trois présidentes. Dans un style hyperbolique rappelant celui de son mentor Donald Trump, Elise Stefanik s’est félicitée de la démission de Claudine Gay, qui survient trois semaines après celle de Liz Magill, présidente de l’UPenn, assurant qu’il ne s’agissait là que du « début de ce qui constituera le plus grand scandale de toute université dans l’histoire ».

Des accusations de plagiat venant de la droite.

Mais dans le cas de la présidente de Harvard, le conflit au Proche-Orient n’est pas seul en cause. Depuis octobre, Claudine Gay, devenue en juillet la première présidente noire de l’histoire de Harvard, faisait face à des accusations de plagiat. Une campagne orchestrée, documents à l’appui, par de nombreuses voix du conservatisme américain – à commencer par Christopher Rufo, un proche du gouverneur anti-woke de Floride Ron DeSantis et du premier ministre hongrois Viktor Orban – pour qui Claudine Gay symbolise les politiques de discrimination positive qu’ils abhorrent.

Confronté à ces documents, le conseil d’administration de Harvard avait été contraint de réagir, chargeant un comité de trois experts indépendants de passer en revue les textes incriminés. Des erreurs, dommageables certes, comme l’oubli de mention de sources, ont bien été identifiées, mais le panel a écarté toute violation des règles de conduite de Harvard en matière de recherche.

Il n’empêche que ces manquements ont provoqué des divisions : plus de 70 parlementaires ainsi que d’anciens étudiants et des donateurs de Harvard ont réclamé le départ de la présidente, quand la communauté éducative de l’université lui a apporté son soutien. Claudine Gay a reconnu une partie de ses torts, mais la pression est devenue trop forte. « Il a été compliqué de voir le doute planer quant à mes engagements à faire face à la haine et à respecter la rigueur académique… et effrayant de faire l’objet d’attaques personnelles et de menaces alimentées par du racisme », a-t-elle expliqué dans sa lettre de démission.

Les campus américains dans la tourmente du conflit au Proche-Orient

Une quarantaine d’universités et de lycées américains font l’objet d’une enquête du ministère fédéral de l’éducation pour des faits survenus sur leur campus, dans le sillage de l’attaque terroriste du Hamas en Israël.

Parmi les derniers noms ajoutés à cette liste publique figurent l’université de Virginie et l’université d’État de San Diego, sans précision des événements ayant motivé cette plainte.

Comme le rappelle le ministère de l’éducation, il est de la responsabilité des établissements de s’assurer du respect de la loi fédérale, qui interdit toute forme de discrimination ou de harcèlement liée à l’origine ethnique des étudiants.

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