Homme au crâne rasé et aux traits durs, Evgueni Prigojine, est un oligarque russe à la tête de l’armée privée Wagner. Les Etats-Unis ne le soutiennent pas (Prigozhin dirigeait une ferme de trolls qui s’immisçait dans les élections américaines – ce qui lui a valu des ennuis avec le FBI). Les israéliens aussi.

Délinquant condamné à plusieurs reprises, il fait fortune à sa sortie de prison dans le domaine de la restauration. Dans les années 2000, il fait partie du cercle rapproché du président russe Vladimir Poutine.

Depuis longtemps les services de sécurité israéliens suivent avec attention le personnage.

Les Autorités israéliennes ont toujours eu une attitude favorable à Poutine. Entre Prigojine et Poutine, c’est le Président actuel de la Russie qui reste le favori d’Israël.

Israël et Poutine. La Russie de Poutine a des liens amicaux avec Israël. C’est la politique officielle du Président russe, Vladimir Poutine, qui entretient d’excellentes relations avec les Juifs de son pays. Un grand nombre de ses conseillers sont juifs, il choisit comme partenaires commerciaux des oligarques juifs, il est très proche du grand-rabbin de Russie, le Rav Berel Lazare, et il lutte contre l’antisémitisme en Russie.

PROGOJINE. Il est le fondateur et le dirigeant du groupe de mercenaires Wagner ainsi que de l’Internet Research Agency, une officine de propagande russe. Il développe la présence du groupe Wagner en Syrie, en Afrique et en Ukraine. Prigojine et ses entreprises sont sous le coup de plusieurs sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne.

En 1979, Prigojine est condamné à du sursis pour vol, puis en 1981 à douze ans de prison pour « brigandage, escroquerie » impliquant des mineurs. Il est libéré en 1990. En 1990, Prigojine ouvre un fast-food qui vend des hotdogs, puis une chaîne de fast-foods qui serait à l’origine de sa fortune.

Prigojine est décrit comme un oligarque proche du président Poutine ; il est parfois surnommé le « cuisinier de Poutine » ou le « boucher de Poutine ». Le journaliste Roman Dobrokhotov le décrit même comme étant au « sommet de l’État russe ».

Prigojine est sous le coup de sanctions du département du Trésor des États-Unis depuis décembre 2016 dans le cadre de l’implication de Russes dans la crise ukrainienne. Pour les mêmes raisons, ses entreprises Concord Management and Consulting et Concord traiteur (détenues à 50 % par Prigojine au sein du groupe Concord company group) sont sous le coup de sanctions américaines depuis juin 2017. En mars 2020, le ministère de la justice américain a décidé de lever les accusations contre Concord management et consulting. Une explication à ce revirement est que pour des raisons de sécurité nationale, le ministère de la Justice a préféré lever ces accusations car sinon, pour se défendre devant un tribunal, Concord aurait eu le droit d’accéder à des documents sensibles sur les méthodes d’enquête de la justice américaine.

En octobre 2019, Prigojine a officiellement abandonné le contrôle de Concord à une autre entreprise, The Development Corporation, qui appartient à Yekaterina Roslikova, une avocate de 27 ans, liée à Prigojine.

En août 2020, Prigojine rachète les droits sur une amende de 1,15 million de dollars reçue par Alexeï Navalny, la Fondation anti-corruption et Lioubov Sobol en raison d’une enquête jugée diffamante contre une entreprise de restauration liée à Prigojine. Prigojine a dit vouloir collecter cette amende auprès de Navalny.

Dans la nuit du 23 au 24 juin 2023, prétextant un manque de soutien de la part du pouvoir russe en Ukraine, Prigojine déplace les troupes de Wagner vers Moscou et appelle les Russes à les rejoindre, ce qui peut être interprété contre une tentative de « putsch ». Le même jour, les poursuites pénales engagées contre lui ont été abandonnées. Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, Prigojine sera envoyé en Biélorussie.

Intérêts en Afrique.

Prigojine, à travers le groupe Wagner notamment, est aussi présent en Afrique, où le Kremlin a développé un modèle de type « sécurité contre avantages économiques » (d’abord testé avec succès en Syrie), et il semble notamment intéressé par le Burkina Faso.

Plusieurs enquêtes ont montré qu’à la fin des années 2010, en s’appuyant sur ses officines d’influence (trolls) et sur 100 à 200 consultants politiques et mercenaires du groupe Wagner déployés en Afrique par Prigojine , il a pu soutenir, renforcer ou établir de nombreux réseaux de lobbying russe. Ces réseaux semblent servir des intérêts politiques intérieurs et extérieurs russes, en influençant les élections dans une vingtaine de pays, via des stratégies numériques et autres d’intervention russe dans la politique africaine, et en fomentant des sentiments anti-occidentaux et/ou en ravivant de vieux conflits territoriaux. Ces réseaux servent aussi les intérêts économiques russes et ceux d’oligarques en Afrique (par exemple relativement à l’exploitation ou la spéculation concernant l’or, le minerai d’uranium, les diamants et la vanille selon Bloomberg). Ces stratégies sont notamment à l’œuvre à Madagascar et en République centrafricaine (RCA), mais aussi dans d’autres pays : république démocratique du Congo, Angola, Sénégal, Rwanda, Soudan, Libye, Guinée, Guinée-Bissau, Zambie, Zimbabwe, Kenya, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mozambique, Nigéria, Tchad, Soudan du Sud et Afrique du Sud.

 

En 2019, plusieurs personnes liées à Prigojine et à l’IRA rencontrent Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi. L’objectif est d’aider Saïf al-Islam à accéder à la présidence libyenne en lui fournissant des conseils politiques, électoraux et en communication.

Cas de la République centrafricaine.

Lobaye Invest est une société associée à Prigojine, détenue par des citoyens russes mais enregistrée fin 2017 en République centrafricaine, dirigée par Evgeny Khodotov (vétéran des forces de l’ordre de Saint-Pétersbourg), spécialisée dans l’extraction de diamants, d’or et d’autres minéraux ; elle opère depuis le début de 2018, dans la préfecture de Lobaye, au sud-ouest de la République centrafricaine (RCA), et à l’ouest de Bangui. Selon Africa Intelligence, Lobaye Invest est une filiale de M Invest (autre société d’origine russe autorisée par le gouvernement soudanais à exploiter les ressources du Soudan). Des journalistes africains affirment que les mines et gisements sont contrôlées par une société militaire privée : le groupe Wagner.

Après s’être rendu en Russie à l’automne 2017 pour rencontrer Sergueï Lavrov à Sotchi et en juin 2018 pour rencontrer Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg, Faustin-Archange Touadera, le président de la République centrafricaine, sur les conseils de son conseiller à la sécurité nationale, le Russe Valery Zakharov (Валерий Захаров), a accru la présence russe en RCA en permettant à cinq conseillers militaires russes et 170 entrepreneurs russes de travailler (à partir de janvier 2018) près de Bobangui à Berengo (où est situé l’ancien palais de Jean-Bédel Bokassa, à environ 60 kilomètres au sud-ouest de Bangui).

Cofondateur de la milice.

Le groupe Wagner est une entreprise russe spécialisée dans le mercenariat. Prigojine a dit en être le fondateur ; il est généralement considéré comme le principal financeur de l’entreprise, et on lui prête un rôle opérationnel dans les actions de ces mercenaires. Officiellement, le fondateur et dirigeant de Wagner est Dmitri Outkine

En octobre 2020, l’Union européenne puis le Royaume-Uni imposent des sanctions économiques à Prigojine en raison de sa proximité avec le groupe Wagner, qui est accusé de menacer la paix et la stabilité en Libye et de violer l’embargo sur les armes à destination de la Libye voté par l’ONU

Le , dans une publication sur les réseaux sociaux de son entreprise Concord Management and Consulting, Evgueni Prigojine reconnaît avoir fondé le groupe Wagner : « C’est à ce moment-là, le 1er mai 2014 qu’est né un groupe de patriotes qui a pris le nom de Groupe tactique de bataillon Wagner. […] Et maintenant un aveu […] ces gars, des héros, ont défendu le peuple syrien, d’autres peuples de pays arabes, les démunis africains et latino-américains, ils sont devenus un pilier de notre patrie ».

Guerre russo-ukrainienne.

En septembre 2022, une vidéo montre Evgueni Prigojine dans la cour d’une prison en Russie, haranguant les détenus en leur promettant la liberté s’ils rejoignent le groupe Wagner pour combattre en Ukraine. Il déclare dans la vidéo :

« Je représente la société militaire privée Wagner. […] Si vous voulez sortir de prison maintenant, vous le pouvez, en échange de quoi vous devez donner six mois de votre temps pour participer à l’effort de guerre sur le front ukrainien. […] Si vous faites six mois, vous êtes libre. Mais si vous arrivez en Ukraine et décidez que ce n’est pas pour vous, vous êtes considérés comme des déserteurs, et vous êtes fusillés par le peloton d’exécution. Personne ne retourne derrière les barreaux. […] Vous demandez des garanties ? Seulement deux personnes peuvent vous faire sortir d’ici : Dieu et Allah, et ce sera dans un cercueil en bois. Moi, je vous fais sortir vivants. Mais vous ne resterez peut-être pas vivants. »

À la date de novembre 2022 et selon l’ONG Rus Sidiachaïa, 30 000 à 50 000 détenus pour actes criminels ont été recrutés par le Groupe Wagner et retirés des prisons russes pour aller combattre en Ukraine. Evgueni Prigojine participe directement à ce recrutement. Une vidéo le montre devant des prisonniers proposer la liberté au bout de six mois à ceux qui rejoignent le Groupe pour combattre. Ce comportement n’est pas conforme à la loi russe. En effet, celle-ci condamne le mercenariat et l’activité de recrutement à cette fin.

Sur la base de la fuite de documents classifiés du département de la Défense des États-Unis, le Washington Post révèle en mai 2023 que Prigojine aurait proposé aux Ukrainiens d’offrir des positions militaires russes si l’Ukraine retirait ses troupes de la ville de Bakhmout.

Rébellion de juin 2023.

Au cours de l’invasion de l’Ukraine, Evgueni Prigojine s’en prend publiquement et très violemment au commandement militaire russe, et en particulier au ministre de la Défense Sergueï Choïgou, qu’il accuse d’incompétence, de trahison et de mensonges dans la conduite des opérations en Ukraine. En première ligne lors de la bataille de Bakhmout, le groupe Wagner sort éreinté de plusieurs mois de combats et reconnait plus de 10 000 morts dans ses rangs.

Le 24 mai 2023, dans un entretien accordé à plusieurs médias, Prigojine remet en cause le discours officiel russe sur la conduite de la guerre, la dénazification et la démilitarisation de l’Ukraine : « On est arrivés en Ukraine comme des bourrins. On a marché sur tout le territoire avec nos grosses bottes en cherchant des nazis. On a tapé sur qui on pouvait. On a avancé jusqu’à Kiev, on s’est chié dessus et on s’est retirés. […] L’Ukraine a aujourd’hui l’une des armées les plus puissantes du monde. […] Nous sommes dans la situation où nous pouvons tout simplement perdre la Russie ». Il prône alors une militarisation complète du pays, avec l’introduction de la loi martiale, et une mobilisation générale : « fusiller 200 personnes comme aurait fait Staline. […] Travailler uniquement pour la guerre et vivre quelques années sur le modèle de la Corée du Nord ».

Le 23 juin 2023, Prigojine entame une rébellion armée contre le gouvernement et les forces armées restées fidèles au ministère de la Défense. Alors que le FSB ouvre une enquête pénale contre lui pour appel à la mutinerie armée, Vladmir Poutine dénonce une « trahison interne ».

A la suite de pourparlers entre Prigojine et le président biélorusse Alexander Lukashenko, les accusations ont été abandonnées et Wagner a accepté d’arrêter l’avancée des combattants de son groupe à travers la Russie.

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