Partager :

Julien Bahloul: «Comment LFI ose-t-elle faire un héros d’un homme condamné en Israël pour tentative d’assassinat ?»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le militant et avocat franco-palestinien Salah Hamouri, condamné en 2008 par la justice militaire israélienne pour avoir projeté l’assassinat d’un rabbin et accusé par l’Etat hébreu d’être membre d’une organisation terroriste, a été expulsé vers la France. Julien Bahloul, ancien journaliste, juge scandaleux le soutien que des députés LFI apportent à Hamouri.

Par Julien Bahloul

Publié

Franco-israélien, Julien Bahloul a été journaliste à I24 News. Dans le passé, l’auteur a par ailleurs servi en tant que réserviste dans l’unité du porte-parole de Tsahal. Désormais business development manager dans une entreprise high-tech israélienne à Tel Aviv, il analyse régulièrement l’actualité israélienne sur Twitter et dans plusieurs médias français.


Comment auriez-vous réagi si vous aviez vu un fiché S, condamné par la justice pour appartenance à un groupe terroriste et pour avoir projeté d’assassiner un curé français, accueilli en héros à l’aéroport d’Alger par des députés algériens d’un parti d’opposition ? L’indignation aurait été probablement nationale. Et à juste titre.

C’est pourtant à peu près ce qui s’est déroulé à l’aéroport de Roissy ce 18 décembre.

Salah Hamouri, franco-palestinien, a été reçu par plusieurs députés de la France Insoumise venus tout spécialement pour acclamer ce «héros de la cause palestinienne».

La députée Ersilia Soudais, présente ce matin-là, va même jusqu’à tweeter sur la «déportation orchestrée par Israël». Une allusion à la Shoah à peine voilée. Salah Hamouri dans le rôle du juif persécuté, l’État d’Israël dans le rôle du nazi. Soudais est professeur certifiée de formation. Un pur produit de l’Éducation nationale censée éduquer les prochaines générations. Avec de tels parallèles plus que douteux, il y a de quoi être inquiet.

Reprenons les faits.

Salah Hamouri est né d’une mère française et d’un père jordanien en 1985 à Jérusalem. En 2003 il commence ses études universitaires à Bethléem et devient sur le campus l’une des figures clés du FPLP, le Front populaire de la Palestine.

Ce groupe figure sur la liste des organisations reconnues comme terroristes par l’Union européenne depuis 2009.

En 2004 il est soupçonné d’avoir été en lien avec des cellules terroristes responsables d’attaques à l’armes à feu.

En 2005 il est à nouveau arrêté par les forces de sécurité israéliennes et placé en détention provisoire pendant trois ans. Puis il est reconnu coupable en 2008, par un tribunal militaire israélien, d’avoir pris part à un projet dont le but était de tuer Ovadia Yosef, l’ancien Grand Rabbin d’Israël. Lors de l’audience, Salah Hamouri n’a pas contesté cette version des faits et n’a pas exprimé le moindre remord. Il finit par plaider coupable pour obtenir un aménagement de peine.

Il est libéré en 2011 dans le cadre d’un accord d’échanges de prisonniers avec les islamistes du Hamas, avant d’être à nouveau mis en détention en 2017 et 2022 par Israël qui affirme que Hamouri n’a pas cessé ses activités au sein du FPLP.

Résumons : Salah Hamouri a été un membre actif d’une organisation reconnue terroriste par la France et l’Union européenne et il a plaidé coupable dans un procès où il était accusé d’avoir préparé l’assassinat d’un rabbin.

Et si ces faits ne suffisent pas pour accabler Hamouri, il y a cette photo. Ce cliché datant des années 2000 et qui glace le sang. On y voit Salah Hamouri poser fièrement aux côtés de Samir Kuntar et Marwan Barghouti.

Les noms ne vous sont peut-être pas familiers, mais ils résonnent comme des traumatismes pour les Israéliens. Samir Kuntar a, en 1979, fracassé le crâne d’une Israélienne de 4 ans contre des rochers avec l’aide de la crosse de son fusil. Marwan Barghouti effectue une peine de prison à vie pour le meurtre de cinq Israéliens.

À l’aéroport de Roissy ce dimanche 18 décembre, des députés de La France insoumise ont donc célébré la libération d’une personne reconnue coupable d’appartenance à une organisation terroriste. Ce dimanche, une députée de la nation française a osé une comparaison avec la Shoah pour défendre un homme qui a plaidé coupable d’avoir projeté l’assassinat d’un rabbin et qui pose fièrement aux côtés de l’assassin d’une fillette de 4 ans.

Et tout ceci dans une relative indifférence.

Si la critique de la procédure judiciaire infligée à Hamouri et de la décision de l’expulser est totalement légitime et fait partie du débat public jusqu’en Israël, la tentative de le présenter comme un innocent combattant de la liberté persécuté par des colons ne tient pas face à l’examen des faits.

Julien Bahloul

Si la critique de la procédure judiciaire infligée à Hamouri et de la décision de l’expulser est totalement légitime et fait partie du débat public jusqu’en Israël, la tentative de le présenter comme un innocent combattant de la liberté persécuté par des colons ne tient pas face à l’examen des faits.

Au-delà du cas de Hamouri se pose de manière évidente la question de la ligne politique de la France insoumise qui enchaîne les gestes plus que troublants. En 2021, Jean-Luc Mélenchon tenait des propos conspirationnistes sur les attentats de Toulouse (qui ont coûté la vie à des soldats français et à quatre personnes dans une école juive), puis il organisait en mars dernier son plus grand meeting de l’élection présidentielle au moment même où se tenaient les cérémonies du dixième anniversaire des attentats de Toulouse.

Pendant la campagne législative, LFI a fait le choix d’inviter le britannique Corbyn, ancien leader du parti travailliste, dont les scandales antisémites en Grande-Bretagne sont notoires. Et à présent les députés LFI célèbrent la libération d’un homme qui a reconnu avoir projeté de tuer un rabbin. Le tout en faisant une référence à la Shoah.

À quel jeu joue La France insoumise ? Est-ce un pur calcul électoral ou bien une réelle idéologie qu’elle tente de véhiculer ?

L’histoire le dira. Dans le cas de Salah Hamouri, l’histoire a déjà parlé : il n’y avait aucune raison de célébrer sa libération et son arrivée en France.


Partager :