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Hier soir se tenait le dîner du Crif. La 36e édition de ce rendez-vous « républicain » – annulé ces deux dernières années pour cause de Covid – a eu lieu sans Emmanuel Macron, appelé à un sommet des Vingt-Sept à Bruxelles après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

C’est donc le Premier ministre qui a prononcé le discours du chef de l’État au Carrousel du Louvre devant un millier de personnes dont des politiques, ambassadeurs, religieux, syndicalistes, artistes, personnalités des médias, etc. Le président de la République y assure que le « combat contre l’antisémitisme » est à la fois « international », « européen » et « bien sûr national ». « Dans les mois et les années à venir, vous pouvez compter sur moi pour continuer le combat. Sans relâche », promet-il.

 

« Nous ne viendrons au bout de la bête immonde (…) que par la mobilisation générale de toute la société », a aussi déclaré le Premier ministre au nom du président Macron. Jean Castex a « dressé un bilan de l’action menée » depuis cinq ans, assurant voir « des résultats » et des « avancées ».

Ainsi de l’adoption, par le Parlement, de la définition de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), un texte sans valeur contraignante mais censé aider à mieux former les agents publics. « Nos forces de sécurité, nos magistrats apprennent ainsi dans leurs écoles à mieux débusquer ses nouveaux visages (…). Nos professeurs y sont sensibilisés au cours de leur formation », « policiers et gendarmes reçoivent des formations spécifiques », a énuméré Jean Castex.

Une hausse d’actes antisémites selon le Crif

« Les résultats, peu à peu, apparaissent : dans les commissariats et les brigades concernées, les victimes sont mieux prises en charge, l’écoute y est plus attentive. (..) Les peines prononcées sont plus dures et plus justes », a-t-il poursuivi. L’exécutif s’est aussi félicité que « les actes antisémites [soient] en 2021 en diminution de 14 % par rapport à l’année 2019, dernière année de référence puisque sans confinement ».

Une interprétation que le Crif conteste : lui ne voit pas pourquoi l’année 2020 ne devrait pas être prise en compte et s’alarme d’une hausse de 74 % des actes antisémites depuis l’an dernier. Le gouvernement a aussi assuré vouloir continuer le combat contre « le fléau de l’antisémitisme numérique » et « s’attaquer » au « complotisme qui prospère » sur les réseaux sociaux. Il a promis de poursuivre la lutte contre le « séparatisme islamiste », ou contre les actes antireligieux.

Dans les établissements d’enseignement supérieur, « marqués par une inflation des actes antisémites et racistes », le gouvernement propose d’étendre des dispositifs existants déjà dans l’Éducation nationale : « l’équipe nationale de réaction » pouvant être déployée » en cas d’incident antisémite pour « appuyer les professeurs », et des formations de « référents ».

Enfin dans son discours, le président de la République annonce qu’il se rendra « à Toulouse le 20 mars prochain, avec le président israélien, faire vivre la mémoire des victimes » du terroriste Mohammed Merah en mars 2012, dont des enfants de l’école juive Ozar Atorah.

Tous les candidats à la présidentielle… ou presque

À sept semaines de l’élection présidentielle, cette 36e édition, qui se déroulait en présence de prétendants à l’Élysée – Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Yannick Jadot ou encore Jean Lassalle – a été l’occasion pour le président du Crif de lancer un appel « à faire barrage à tous les candidats d’extrême gauche et d’extrême droite ».



« Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour multiplient les polémiques sur le dos des Juifs. Pour l’un, les Juifs ne sont pas assez universalistes. Pour l’autre, ils ne sont pas assez Français », a déclaré Francis Kalifat. « Les deux ont en commun une grande propension à réécrire l’Histoire, surtout celle des Juifs. Pour l’un, c’est le complot juif. Pour l’autre, c’est Pétain, sauveur de Juifs », a-t-il fustigé, sous les applaudissements.

« Quant à Marine Le Pen, ses tentatives de dédiabolisation ne trompent personne : le Rassemblement national s’accommode toujours des préjugés antisémites dans ses rangs », a-t-il dit. Kalifat avait auparavant fait part de son « malaise » autour du combat contre l’antisémitisme, jugeant que « l’approche » des divers gouvernements à travers des plans globaux de lutte « contre le racisme et l’antisémitisme » ne « fonctionne pas ». Il avait réclamé une « stratégie spécifique et ciblée ».

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