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INDIENS ET ISRAELIENS. Le nouveau PDG de Twitter Parag Agrawal, qui prend la succession du fondateur Jack Dorsey, est originaire d’Inde. De nombreux chefs d’entreprises d’origine indienne, aux États-Unis et en particulier dans la Silicon Valley, prennent la tête d’entreprises américaines prestigieuses. Des israéliens sont également actifs dans la hightech californienne. Parlons-en…

A. DES ISRAELIENS EN CALIFORNIE. La Californie héberge le plus grand nombre de start-ups fondées en Israël répondant aux critères de « licorne » dans l’ensemble des États-Unis, après que cinq entreprises privées ont atteint le seuil crucial d’une valorisation d’un milliard de dollars, le surpassant pour quelques-unes. Le nombre de firmes dites « licornes » est dorénavant de 22 dans l’état, selon l’USIBA (l’alliance commerciale entre les États-Unis et Israël). Chacune de ces start-ups a au moins un fondateur israélien et a installé son siège mondial et américain en Californie.

« Ces chiffres sont fous », a estimé Aaron Kaplowitz, le président de l’USIBA, dans un courriel accompagnant le communiqué. « La Californie continue d’attirer les innovateurs les meilleurs et les plus brillants du monde. Nous voyons aujourd’hui s’implanter une nouvelle génération d’entrepreneurs israéliens qui contribuent à l’écosystème d’innovation du nord de la Californie et qui bénéficient d’une bonne réserve d’investisseurs en capital-risque ».

B. LES INDIENS EN CALIFORNIE.

Arnaud Auger, qui dirige un laboratoire d’innovations à San Francisco, explique comment cette diaspora diplômée rivalise de talents et de succès au sein des nouvelles technologies californiennes.

« J’ai décidé de quitter Twitter parce que je pense que la société est prête à couper le cordon avec ses fondateurs », a expliqué Jack Dorsey, directeur général et cofondateur du site de micro-blogging. Il est remplacé par le directeur technologique du groupe, Parag Agrawal, originaire d’Ajmer dans le sud de l’Inde. Ce dernier a grandi à Bombay, la capitale commerciale du pays, a été diplômé de l’Indian Institute of Technology, puis a émigré aux États-Unis en 2005, pour faire une thèse en science de l’informatique à la prestigieuse université de Stanford, dans la Silicon Valley.

Il n’est pas le seul d’origine indienne à prendre la direction d’une entreprise américaine : on retrouve Sundar Pichai à la tête de Google – Alphabet, Satya Nadella chez Microsoft, Ajay Banga chez Mastercard, Shantanu Narayen chez  Adobe, Arvind Krishna chez IBM, Anjali Sud chez Vimeo, Nikesh Arora chez Palo Alto Networks… La liste est longue et comme le souligne ce tweet de Patrick Collison, fondateur de Stripe, « l’immigration est une opportunité pour les États-Unis » :

« J’ai travaillé en Inde pendant deux ans pour y manager des équipes, confie Arnaud Auger, qui réside aujourd’hui dans la Silicon Valley. J’avais envie de voir le monde des nouvelles technologies d’un point de vue global. J’ai grandi en Afrique et l’expérience d’un pays émergent m’importait. En Inde, j’y ai vu le décollage d’un écosystème de start-up. »

Et cela se passe dès l’université : « L’Inde est pionnière dans la formation des ingénieurs avec les IIT. » Les instituts indiens de technologie (IIT) sont classés parmi les meilleures écoles de technologie mondiales. En 2005, le Congrès des États-Unis a adopté la résolution 227 afin d’honorer les diplômés de ces instituts indien de technologie pour leur contribution à l’économie américaine.

« Ce sont des écoles compétitives, souligne Arnaud Auger. Il ne faut pas négliger la pression typique des familles asiatiques : une culture de l’éducation et de l’excellence, prompte à s’exporter. La diaspora indienne, c’est 27 à 28 millions d’expatriés. »

« Un tiers des ingénieurs d’Apple sont indiens ».

« Les Indiens ont la réputation de bien s’intégrer, ajoute-t-il : indien à la maison, ils sont américains à l’extérieur. Il y a des disparités en Inde avec le système des castes, mais à l’étranger, ils se sentent indiens d’où qu’ils viennent d’Inde. Leur arrivée aux États-Unis transcende les différences. La tech devient un ascenseur social qui permet de renverser le système de caste. »

Revenons en Californie. « Au départ, ils sont arrivés en tant qu’ingénieurs, la main-d’œuvre de la tech, des développeurs… On leur demandait de coder et le business, en quelque sorte, restait pour les Américains. Un tiers des ingénieurs d’Apple sont d’origine indienne. »

Mais cela a changé. « Certains membres de la diaspora indienne ont voulu être plus que de simples ingénieurs et devenir entrepreneurs. Ces derniers ont décidé de se réunir et de s’entraider. C’est ainsi qu’est né le T.I.E. (The Indus Entrepreneurs), l’une des fédérations entrepreneuriales les plus puissantes au monde, en particulier dans la Silicon Valley et bien entendu en Inde. Mais c’est mathématique aussi que cette masse d’ingénieurs prenne les postes de management. »

« L’objectif des entreprises, c’est la diversité ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quatre millions d’Indiens vivent aux États-Unis, avec plus de 500 000 rien qu’en Californie, une augmentation de 50% en dix années. Dans la Silicon Valley, sans aucune surprise, c’est à Fremont (juste en face de Palo Alto) qu’ils sont les plus nombreux, dépassant la ville de Los Angeles. Plus de 20% de la population vivant à Cupertino (siège d’Apple) est d’origine indienne. San Ramon, non loin, a vu sa population d’origine indienne augmenter de 500% en dix ans. « Et pourtant en Inde, c’est compliqué pour les visas », souligne Arnaud Auger.

Les statistiques ethniques sont interdites en France, mais aux États-Unis c’est bien différent. « C’est presque l’inverse. Ici, quand vous postulez à un poste, on vous demande votre ethnie (vous pouvez ne pas répondre), mais l’objectif des entreprises est la diversité. Il y a un principe ici qui peut se traduire ainsi : on ne peut pas changer ce qu’on ne peut mesurer. Donc ils mesurent tout. Résultat : l’ethnie n’est pas tabou, mais plutôt assumée naturellement. »

« La représentativité, c’est symbolique pour ces entreprises qui s’envisagent comme globales, pondère Arnaud Auger. Salarier quelqu’un qui a vécu dans un pays émergent qui connaît la réalité du monde, ses enjeux, cela fait la différence avec un salarié américain qui n’est pas sorti de chez lui. Il y a évidemment aussi un enjeu de représentativité et d’ouverture sur le reste du monde, car ces entreprises ne veulent pas être perçues comme trop américaines, avec une vision américano-centrée. »

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