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Journaliste à l’Opinion, Corinne Lhaïk dresse dans Président cambrioleur (Fayard, 365 pages, 20,90 euros), qui est paru ce jeudi, un portrait d’Emmanuel Macron.

Selon (1) : « En février 2018, devant la presse présidentielle, le jeune président Macron se présentait lui-même comme « le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction, parce que la France était malheureuse et inquiète. » La petite bande qui l’avait accompagné dans sa conquête du pouvoir, aujourd’hui éparpillée, se vantait d’avoir réussi « un braquage, comme dans Ocean’s Eleven, sauf qu’on était moins nombreux »…

Trois ans et demi plus tard, Corinne Lhaïk brosse le portrait de ce « Président cambrioleur ». Emmanuel Macron, elle l’a approché dès le printemps 2012, quand seuls quelques journalistes économiques s’intéressaient à lui, au cours d’un « déjeuner de printemps » dont elle livre un récit savoureux.

Depuis, elle a rencontré et confessé un à un tous les protagonistes de son ascension fulgurante et de sa présidence, ces « proches » qui ont tous été un jour ou l’autre « harponnés » par ce séducteur universel, qui « drague utile ».

Ils sont « outrageusement laudateurs quand ils sont bien en cour ; critiques, quand l’air des cimes présidentielles se raréfie pour eux », constate-t-elle, amusée.

Portrait aiguisé. Il en résulte un portrait aiguisé du chef de l’Etat. Ses « danses du ventre », racontées avec délectation, « lui ont permis la conquête. Elles projettent un doute permanent sur sa sincérité », relève Corinne Lhaïk.

Personnalité complexe, Emmanuel Macron se révèle au fil des pages comme un homme sans affect, qui « se nourrit de l’inconfort des autres, qu’il provoque et entretient ».

« Jamais on ne s’est demandé si de Gaulle aimait les gens, si Giscard était sincère ou si Mitterrand avait des amis, remarque-t-elle. Soit on le savait, soit on s’en moquait. Avec Emmanuel Macron, l’affect est devenu un sujet politique. »

L’étonnante plasticité de ce Président, ses audaces, son goût du risque en font un passionnant sujet d’investigation psycho-sociale. Voleur d’idées qui « s’épanouit dans les désordres qu’il crée, dans les clivages qu’il suscite », Emmanuel Macron peine à faire les choses, souligne aussi Corinne Lhaïk, à « délivrer », comme on dit à l’Elysée. Ce cambrioleur qui a « fracturé la politique » laissera-t-il au moins une trace? (1) Source : lopinion.fr

LE PLUS.

Ruth Elkrief a lu l’ouvrage de Corinne Lhaïk consacré à Emmanuel Macron: Président cambrioleur (Editions Fayard, 342 pages, 20,90 euros).

Ce n’est pas un livre de stratégie politique. Ce n’est pas un récit de campagne. C’est le portrait impressionniste et virevoltant d’un personnage insaisissable et pourtant si familier désormais. Corinne Lhaïk est aujourd’hui en France l’une des observatrices qui connaît le mieux le Président.

Pour preuve, ce déjeuner du 2 mai 2012 qu’elle dévoile. Juste avant l’élection de François Hollande, celui qui n’est alors qu’un technocrate brillant, conseiller de campagne, s’interroge, oui il s’interroge, sur les conditions de son « ralliement ». Il s’en prend déjà à ces fameuses APL qui, au bout du compte, ne profitent qu’aux propriétaires. Il a donc un programme et une méthode, avant même d’arriver à l’Elysée comme secrétaire général adjoint.

Par la combinaison du hasard et d’une ambition jamais masquée, le voilà en place.

Qu’allait faire ce Président arrivé sans parti, sans élection, adoubé par des parrains des affaires et les pygmalions comme Jacques Attali et Alain Minc ? Surtout pas du Hollande. Il transformerait là où son prédécesseur avait tant louvoyé. Un peu du Sarkozy, lorsqu’il allait répétant le credo à l’américaine du « jeune des banlieues qui peut s’il le veut. »

Mobilité. Au final, rattrapé par les crises plus violentes et inédites les unes que les autres, Emmanuel Macron est aujourd’hui obligé d’évoluer, d’improviser : ce n’est pas pour déplaire à celui qui prône « la mobilité ». Mais ce n’est pas facile pour celui qui croyait que, par la seule magie de son élection, la haute administration, éternel cheval de trait, allait se muer en pur-sang.

« Il a été payé », voilà l’une de ses phrases favorites pour décrire un courtisan qui a déjà été placé ou même seulement reçu…

S’il multiplie les cérémonies mémorielles pour rendre hommage à de Gaulle, à Clemenceau, l’an prochain à François Mitterrand, n’est-ce pas pour combler ce vide de l’avant-Elysée ? Cette absence de cicatrices que font les élections perdues ou les trahisons de congrès ?

Le livre foisonne d’anecdotes inédites sur la conquête puis l’exercice du pouvoir, mais aussi sur les crises les plus récentes. Pour tous ses contempteurs du vieux monde, le Président cambrioleur s’est introduit par effraction au sommet du pouvoir. Depuis, il se sait guetté, et donc s’occupe avec minutie, du moindre discours de remise de décoration jusqu’à l’organisation du G20.

Corinne Lhaïk nous instruit dans le détail sur ceux qui gravitent dans la galaxie du Président : ceux qui comptent vraiment et ceux qui le croient, ceux qu’il ménage et ceux qu’il méprise. Avec brio, elle raconte ce personnage à la fois attachant et ingrat, enjôleur et glacial, sincère et cruel. « Il a été payé », voilà l’une de ses phrases favorites pour décrire un courtisan qui a déjà été placé ou même seulement reçu…

Emmanuel Macron est le ministre de l’Economie qui se rendra au pot de départ d’un appariteur de Sciences Po, mais le Président qui ne répondra plus aux messages énamourés d’un de ses soutiens de la première heure. Celui qui écoute François Bayrou sans regarder son portable, mais ne croit jamais vraiment en Benjamin Griveaux qu’il a pourtant choisi pour Paris…

Celui qui fend la foule dans laquelle il repère les hostiles pour les convertir, qui laisse couler quelques larmes à Mulhouse en pleine crise de la Covid-19, mais coupera le cordon avec Edouard Philippe sans états d’âme, pour retrouver sa liberté.

Avec qui partira-t-il à la nouvelle bataille ? Il a déjà trouvé son prochain message : après l’émancipation pour chacun, ce sera la protection pour tous. Conservera-t-il sa bonne étoile ? Il était inconnu, aujourd’hui il est haï par certains, toujours soutenu par d’autres. Cela lui suffira-t-il ? En refermant le livre, on comprend qu’il est toujours aussi difficile de définir le macronisme, mais qu’Emmanuel Macron considère toujours qu’il ne doit rien à personne sinon à Brigitte, et cela ne semble pas près de changer.

Ruth Elkrief, éditorialiste à BFMTV, présente Ruth Elkrief, le Rendez-vous, le samedi à 13h.

 

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