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EDITORIAL Le futur secrétaire d’État américain Antony Blinken incarne une diplomatie tournée vers le multilatéralisme et une vision plus traditionnelle de la politique internationale. De nombreux défis attendent l’homme de confiance du président élu Joe Biden, pressé, comme certains alliés des États-Unis, de tourner la page des années Trump.

Guerre commerciale avec la Chine, relations tendues avec la Russie, tensions au Moyen-Orient… Les dossiers brûlants qui attendent le futur secrétaire d’État américain Antony Blinken sont nombreux. Plusieurs chantiers marqués par la diplomatie « erratique et impulsive » de Donald Trump, selon les propres termes du prochain chef de la diplomatie américaine, seront légués à Joe Biden, qui souhaite restaurer le leadership des États-Unis.

Notamment dans une région aussi instable que le Moyen-Orient, où Antony Blinken va devoir se pencher en priorité sur la question du nucléaire iranien. Celui qui fut secrétaire d’État adjoint de l’administration Obama avait activement participé aux négociations de l’accord de Vienne conclu en 2015, et avait regretté à plusieurs reprises sur l’antenne de France 24 la sortie des États-Unis d’un texte qui « fonctionnait jusqu’à ce que le président Trump le déchire ».

Restaurer l’accord nucléaire iranien

Pendant sa campagne présidentielle, Joe Biden a promis de réintégrer l’accord, « si Téhéran respecte ses engagements », et affiché son intention de rompre avec la politique de « pression maximale » du milliardaire républicain contre la République islamique, la jugeant improductive.

Les démocrates souhaitent renégocier le texte pour y intégrer notamment, à l’instar de la France, le dossier des missiles balistiques iraniens. Une volonté qui risque de se heurter à l’intransigeance de Téhéran. Déjà échaudé par l’assassinat, le 3 janvier, de l’influent général Qassem Soleimani sur ordre de Donald Trump, l’Iran a déclaré à plusieurs reprises que cette question était non négociable.

Si début novembre, le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, avait déclaré que l’élection américaine n’aurait « pas d’effet » sur la politique de Téhéran à l’égard des États-Unis, de son côté, le président Hassan Rohani a invité, mercredi 25 novembre, Joe Biden à ouvrir une nouvelle page. Notamment en revenant à la  » situation qui prévalait » avant la décision de Donald Trump de sortir, en 2018, les États-Unis de l’accord.

Conflit israélo-palestinien

Au Proche-Orient, Antony Blinken tentera de rééquilibrer la politique étrangère américaine, jugée trop alignée par Donald Trump sur l’agenda du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu et de la souveraineté israélienne sur la partie du plateau du Golan occupé, ainsi qu’une légitimation de la colonisation en Cisjordanie.

Les États-Unis vont chercher à rétablir le contact avec les Palestiniens, qui avaient coupé les ponts avec Washington et fermement rejeté le « deal du siècle » de Donald Trump, en revenant à la position classique de la diplomatie américaine favorable à la solution à deux États, pour laquelle plaide toujours Antony Blinken.

« Pour une sécurité durable, il faut une paix durable, et pour cela il faut une solution à deux États, mais cela a été rendu encore plus difficile à atteindre », par la politique de Donald Trump, avait-il expliqué à France 24, en mai 2018, en marge de la conférence des leaders pour la paix.

Rassurer les alliés des États-Unis

Parmi les autres dossiers prioritaires d’Antony Blinken figure le retour des États-Unis au sein des institutions internationales malmenées et constamment vilipendée par le milliardaire républicain. À commencer par la restauration du partenariat transatlantique, alors que Donald Trump a qualifié à plusieurs reprise l’Otan d’alliance « obsolète » et menacé de retirer les forces américaines présentes en Allemagne.

« Pendant 70 ans, les États-Unis, avec les présidents démocrates et républicains, ont joué un rôle de premier plan pour instaurer des règles, signer des accords et animer des institutions qui ont guidé les relations entre les nations et fait progresser la sécurité et la prospérité collectives – jusqu’à Trump », déplorait Joe Biden en avril dernier, dans un article du prestigieux magazine Foreign Affairs.

Le profil du futur secrétaire d’État, partisan et spécialiste du multilatéralisme, semble être taillé sur mesure pour accomplir une telle tâche et rassurer les alliés des États-Unis. « Il connaît l’Europe parfaitement, et pas seulement la France, donc je me réjouis qu’il accède à ce poste », explique à France 24 Anthony Gardner, ancien ambassadeur de Barack Obama auprès de l’Union européenne, et auteur du livre « Stars with Stripes » sur les relations européennes et transatlantiques.

Et de poursuivre : « Sa nomination est un message signalant que les États-Unis veulent travailler avec leurs alliés, au lieu de les mépriser, non seulement avec les Européens, mais aussi avec les institutions multilatérales, ce qui est différent de l’approche de Donald Trump ».

Plus constructif avec Pékin, plus dur avec Moscou

Enfin, outre la restauration des liens avec les alliés des États-Unis, Anthony Blinken doit aider Joe Biden à se positionner face aux deux autres grandes puissances que sont la Russie et la Chine.

La rivalité et la concurrence avec Pékin étaient préexistantes à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, et ne disparaîtront pas avec Joe Biden, qui estime que la Chine est « le plus grand concurrent » de l’Amérique.

Toutefois, les experts s’attendent à un changement, au moins sur la forme, afin de contraindre Pékin à se conformer aux règles du commerce international.

« La guerre commerciale avec la Chine ne va pas forcément s’interrompre, mais disons que les deux puissances vont connaître des relations un peu plus normales, avec potentiellement des tensions car il existe toujours des problèmes structurels qui inquiètent États-Unis, mais l’approche va changer parce que Joe Biden est connu pour son sens du compromis et du multilatéralisme”, expliquait récemment à France 24 Ioana Marinescu, professeur d’économie à l’Université de Pennsylvanie. Et d’ajouter : ”Bien sûr qu’il défendra les intérêts américains, mais d’une manière beaucoup plus apaisée et constructive ».

De son côté, la Russie, qualifiée de « plus grande menace pour les États-Unis » pendant la campagne par Joe Biden, redoutait l’élection du démocrate, qui a multiplié les déclarations hostiles à l’égard du pouvoir russe et qualifié Donald Trump « de caniche » de Vladimir Poutine.

Les relations entre Washington et Moscou, qui n’a toujours pas officiellement félicité le président élu, risquent donc de se tendre, Joe Biden ayant promis une politique très dure à l’égard des Russes, qu’il accuse d’être derrière des manœuvres qui affectent la souveraineté américaine, en référence aux soupçons d‘ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

« Poutine a délibérément essayé de créer un doute pour délégitimer nos institutions, nos élections et notre démocratie, et cela est très grave », avait confié à France 24 Anthony Blinken, lors d’un entretien enregistré en juin 2017.

Sa nomination au poste de chef de la diplomatie pourrait avoir été mal perçue à Moscou, lui qui avait annoncé la couleur en septembre sur l’antenne de CBS. « Un président Biden serait capable de demander des comptes à M. Poutine pour ses agressions (…). Non pas en saccageant l’Otan, mais en renforçant sa dissuasion. »

 

france24.com

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