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Ce sont des images qui font la Une en Israël. Celles des habitants de Stockholm qui prennent le soleil à la terrasse des cafés, font du shopping chez Ikea, ou leur gymnastique dans les parcs. Un spectacle qui continue de troubler Elodie, originaire de Nyon et installée dans la capitale suédoise depuis deux ans: «Quand je parle à mes amis restés en Suisse, les réactions oscillent entre l’envie et la peur pour moi… Mes parents pensent qu’ici on n’est vraiment pas prudents.»

Selon letemps.ch :

« La Suède a choisi un «confinement» volontaire, «mais il est erroné de dire que la vie y continue comme avant, a martelé vendredi dernier Ann Linde, ministre des Affaires étrangères. Beaucoup de Suédois ont arrêté de voyager, des entreprises font faillite, le chômage explose… Nous sommes très affectés.» Le gouvernement a imposé certaines règles – pas de visites dans les maisons de retraite, pas de rassemblements de plus de 50 personnes – et demande aux Suédois de rester chez eux s’ils sont malades ou âgés de plus de 70 ans, de privilégier le télétravail, de respecter les distances sanitaires. Une nouvelle loi votée le 16 avril lui permet aussi de prendre des mesures plus drastiques sans consulter le parlement.

Des classes presque au complet

Mark, qui est venu boire un verre en terrasse sur Rörstrandgatan, a déjà changé ses habitudes: il ne fréquente plus son club de sport, évite les bus, et n’a pas pu s’asseoir à la même table que sa fiancée, dont il est séparé par un cordon. «Si on veut que les pays et les restaurants continuent à vivre, c’est normal de respecter les recommandations officielles», estime-t-il. Dans les écoles, aussi, d’autres comportements prévalent. «Les parents laissent leurs enfants à l’extérieur, les salles de réunion et les couloirs sont utilisés pour les activités afin de séparer les groupes, et c’est nous qui faisons le service à la cantine», précise Marcus, directeur adjoint de la Essingeskola, 275 élèves pour 18 professeurs. Au début de l’épidémie, la moitié des parents avait choisi de garder leur progéniture à la maison, mais aujourd’hui les classes sont presque complètes. Quant aux enseignants d’abord inquiets, ils ont repris leur routine habituelle, constatant que les malades n’étaient pas surreprésentés dans leurs rangs.

La question éducative illustre bien l’approche très différenciée adoptée par la Suède. Son agence de santé a estimé très tôt que les enfants n’étaient pas le moteur principal de l’épidémie, leur taux d’infection étant très réduit, comme leur charge virale. D’ailleurs, sur près de 15 000 malades diagnostiqués en Suède, seuls 266 ont moins de 20 ans. Par mesure de précaution, les autorités ont cependant fermé lycées et universités, leurs étudiants étant plus présents dans les transports en commun, et plus aptes à suivre des cours à distance. «Plutôt que de paralyser la société d’un seul coup, nous agissons pas à pas, explique Anders Tegnell, épidémiologiste en chef. On a mis fin aux soirées d’après-ski, avant de fermer les stations; on s’est occupé des rassemblements, puis des restaurants, et aujourd’hui du monde sportif, en interdisant les compétitions pour adultes. Prendre des mesures progressives est essentiel pour garder la confiance de la population.»

La potion suédoise, moins amère, est-elle cependant efficace? Les autorités se félicitent de voir que les comportements ont changé: 86% des Suédois se lavent les mains plus souvent, 69% ont réduit leur activité sociale et, lors des vacances de Pâques, les trajets hors de Stockholm ont été réduits… de 90%. Les autres pays nordiques, qui ont choisi un confinement plus autoritaire, font cependant mieux, comme le dénoncent régulièrement dans la presse d’autres scientifiques suédois. Avec 1765 décès ce mardi, le royaume nordique affichait un taux de mortalité de 175 pour 1 million d’habitants, contre 63 au Danemark, 34 en Norvège, et même 18 en Finlande. Maladie de la mondialisation, l’épidémie touche plus fortement la Suède, moteur économique de la région. Et puis, il y a cet échec, reconnu sans détour: le coronavirus a pris une ampleur inattendue dans les maisons de retraite, d’où viennent un tiers des morts dans la région de Stockholm.

Ces chiffres, cependant, sont bien meilleurs que ceux de la France (taux de mortalité de 310 pour 1 million) et de l’Espagne (455), deux pays qui ont multiplié les restrictions depuis des semaines. Le service de santé suédois, sous pression, n’a jamais été débordé, et l’avancée de l’épidémie a atteint depuis quelques jours un «plateau», comme dans d’autres pays européens. Anders Tegnell, qui se dit «optimiste», revendique une vision à long terme. Confiner permet d’éviter la submersion des hôpitaux, mais ne fait pas disparaître l’épidémie, un objectif que seuls peuvent atteindre un vaccin ou l’immunité collective. Ne pas confiner, en revanche, évite des drames psychologiques, économiques, sociaux, éducatifs, tout en responsabilisant la population pour les années à venir. Car il l’assure, «nous allons tous devoir vivre avec le virus, pour longtemps». »

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