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Un article de Hervé Uzan (Copyrights).
« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », « l’échec est la mère du succès » ou encore « tomber pour mieux se relever », tels sont quelques adages que la mentalité israélienne a faits sienne.
Pour de multiples raisons, les Israéliens sont en effet beaucoup plus familiers et donc plus à l’aise avec la notion de risque que les Européens. Ils en tirent une posture emplie d’une immense confiance en leurs projets et dans leur capacité à réussir (empowerment qui parfois agace, il est vrai !).
Les entrepreneurs israéliens ne craignent pas l’échec, car ils savent que socialement, celui-ci est accepté, voire… valorisé… jusqu’à un certain point bien sûr. Pour preuve, ils n’hésitent donc pas à afficher dans leur CV leurs échecs passés, assortis des réflexions qu’ils en tirent.
Contrairement à la France, échouer hier à Tel-Aviv c’est se donner une meilleure chance de gagner demain.
Au-delà des entrepreneurs, cette posture est également largement partagée par les investisseurs (Venture Capitalists, Business Angels…). Ceci est indéniablement le nerf de la guerre du modèle. La part du early stage, voire du seed financés par lesdits acteurs est bien plus élevée qu’en Europe, voire qu’aux États-Unis.
Le système devient alors vertueux avec le temps : depuis environ 25 ans, Israël s’est construit un écosystème redoutablement efficace où l’expertise, la capacité d’évaluation des acteurs s’est fiabilisée et permet de maintenir voire d’accroitre le niveau de risques pris. In fine, cela permet à l’innovation israélienne d’être reconnue mondialement pour son approche disruptive.
Une telle approche augmente alors fortement l’attractivité desdites innovations auprès des grands acteurs mondiaux (aujourd’hui majoritairement US, mais avec une importante montée en puissance des groupes asiatiques) qui viennent y chercher l’idée « out of the box » qui a échappé à leurs équipes R&D/Innovation.
On pourra mentionner ici la place déterminante des universités israéliennes dans l’intégration du risque, non seulement d’un point de vue académique, mais aussi économique (développement d’incubateurs, d’accélérateurs multiples où lesdits établissements deviennent des co-investisseurs). À titre d’exemple, on pourra citer le snake robot (présenté à Pierre Gattaz lors de sa visite au Technion à Haïfa le 16 mai 2016) qui a été conçu initialement pour explorer les décombres d’immeubles, suite à des tremblements de terre ou des attentats et qui est devenu récemment un outil permettant de réaliser des interventions chirurgicales intracorporelles.
C’est la réunion de tous ces acteurs et de leurs postures homogènes qui permet la création d’une chaîne de valeur exceptionnelle, au vu de la petite taille du pays (8 millions d’habitants). Développer la culture du risque en France : un challenge – une opportunité ?
Transformer l’extraordinaire capacité de recherche en France (boostée notamment par le CIR) en une transformation de succès entrepreneuriaux à vocation mondiale, constitue un enjeu majeur pour notre pays. Le changement des mentalités sera vraisemblablement un processus long. Les jeunes en France semblent toutefois avoir pris le chemin d’une acceptation du risque plus importante que leurs ainés.
Pour les acteurs confirmés, le recours à un accompagnement leur permettrait de mieux accepter une prise de risques et de mieux l’expliciter auprès des financiers. En complément de l’accompagnement, l’émergence et le développement de sources de financement nouvelles devraient également permettre de catalyser une prise de risques accrue de la part des entrepreneurs de notre pays. Fort de ces 2 moteurs, espérons alors qu’une dynamique nouvelle quant à l’acceptation du risque se développera en France. Tomber pour apprendre à marcher demeure un processus douloureux. À l’instar d’Israël, accepter le risque et vivre avec celui-ci n’induit pas automatiquement une exposition accrue, mais permet au contraire de construire progressivement les mécanismes pour mieux le maitriser et en tirer les fruits.
Source : http://israelmagazine.co.il

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