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Le Centre Kantor de l’Université de Tel-Aviv pour l’Etude du judaïsme européen contemporain a rendu public son rapport annuel sur l’antisémitisme dans le monde, en collaboration avec le Congrès juif européen, comme chaque année à la veille de la journée de commémoration de l’Holocauste. Cette année la conférence de presse, qui s’est tenue le 20 avril 2020, s’est déroulée en ligne sur la plate-forme virtuelle zoom. Aux côtés d’une augmentation des incidents antisémites violents graves de 18% par rapport à 2018, les intervenants ont tous relevé l’influence de la pandémie du coronavirus sur la renaissance de l’antisémitisme traditionnel rappelant les accusations de meurtre rituel.

« Depuis le début de la pandémie du covid19, on note une augmentation significative des accusations selon lesquelles les Juifs, en tant qu’individus et en tant que collectif, sont à l’origine de la propagation du virus ou en profitent directement », a déclaré Moshe Kantor, Président du Congrès juif européen. « Le langage et les images utilisés s’identifient clairement à un renouveau des allégations médiévales de meurtre rituel qui accusaient les Juifs de propager les maladies, d’empoisonner les puits et de contrôler les économies. Si les dirigeants ne réagissent pas aux impacts sociaux et économiques de la crise, les conséquences seront catastrophiques, non seulement pour la communauté juive, mais pour l’ensemble des sociétés et leur avenir ».

«Il existe un grand décalage entre les efforts des gouvernements pour lutter contre l’antisémitisme

et la hausse continuelle de ses manifestations dans les faits»

« Ce fut sans aucun doute une année difficile », a déclaré pour sa part le Prof. Dina Porat, Directrice du Centre Kantor, qui est également historienne en chef du Yad Vashem. « Il existe un grand décalage entre les efforts louables des gouvernements pour lutter contre l’antisémitisme, et la hausse continuelle de ses manifestations dans les faits. Notre principale mission est d’essayer de comprendre cet écart ». Elle ajoute que « si l’épidémie du corona a inspiré un antisémitisme croissant partout dans le monde, nous devons cependant garder des proportions par rapport à ce phénomène, car cette fois les Chinois, par exemple, sont également au centre des accusations ».

Le Dr. Giovanni Quer, Directeur académique du Centre Kantor, a insisté sur l’importance des réseaux sociaux dans la propagation de l’antisémitisme : « En cette période de confinement, les gens sont sur leurs écrans d’ordinateurs 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Nous appelons les gouvernements à s’impliquer dans le contrôle des réseaux sociaux, car ce qui se passe sur Internet a des conséquences sur la vie réelle ».

Me Arie Zuckerman, Président du comité exécutif du Centre Kantor, note que l’épidémie du corona a exacerbé les tendances nationalistes qui se sont fait jour en Europe et dans le monde : « Ces dix dernières années on relève une nouvelle tendance mondiale de nationalisme et de rejet des étrangers, contrairement à la période précédente d’ouverture. Le corona a accentué encore cette tendance. Les frontières ont été fermées, et les Juifs sont ciblés comme facteurs de diffusion du virus ».

Les Juifs pensent à quitter l’Europe

Le rapport relève que : « Les manifestations d’antisémitisme qui se sont répandues sur fond de la pandémie du coronavirus reflètent les théories du complot juif et la haine anti-juive traditionnelles. Jusqu’à présent, les propagateurs semblent être principalement des extrémistes de droite, des cercles chrétiens ultra-conservateurs, des islamistes et, dans une moindre mesure, des gauchistes radicaux, chaque groupe selon les conceptions et les convictions qu’il s’est construit d’un personnage du Juif diffuseur de maladies et aspirant à conquérir le monde ».

En 2019, les cas graves d’antisémitisme violent ont augmenté de 18% par rapport à 2018 (456 cas en 2019 contre 387 en 2018), sept personnes ont été tuées lors d’attaques antisémites violentes, et dans la plupart des pays, le nombre des manifestations antisémites sous toutes leurs formes a augmenté. Au moins 53 synagogues (représentant 12% des cas) et 28 centres communautaires et écoles (6%) ont été attaqués. Le nombre de menaces de mort a augmenté fortement (de 47%) ainsi que le nombre d’atteintes à la propriété privée (24%).

Le rapport note un retour des stéréotypes antisémites traditionnels, ainsi que le renforcement de l’antisémitisme en provenance de milieux musulmans radicaux et antisionistes, qui ont contribué à propager le discours antisémite, passé des marges de la société au centre du discours public.

Autre tendance alarmante : la perception croissante d’insécurité parmi les Juifs d’Europe. Selon une enquête de la FRA (Fundamental Rights Agency) réalisée en 2019, 41% des Juifs âgés de 16 à 34 ans ont envisagé d’émigrer d’Europe en raison de la montée de l’antisémitisme au cours des 5 dernières années, 67% envisageant d’émigrer en Israël, 21% dans un autre pays hors d’Europe, 11% seulement songeant à rester dans un pays européen. Des résultats similaires ont été obtenus pour le groupe des 35-59 ans. Parmi les Juifs de plus de 60 ans 25% ont envisagé l’émigration, 80% d’entre eux étant enclin à émigrer vers Israël. La décision d’émigration semble être renforcée par la perception que les mesures prises contre l’antisémitisme par les gouvernements sont inefficaces.

En France :

En France, où l’antisémitisme continue de monter en flèche, une nouvelle enquête menée par l’American Jewish Committee (AJC)Paris a abouti aux conclusions suivantes :

– Près des trois quarts du grand public français (73%) et des juifs (72%) considèrent l’antisémitisme comme un problème qui touche toute la société française.

– 47% de la population globale et 67% des juifs interrogés reconnaissent que le niveau d’antisémitisme en France est élevé, contre 27% et 22% respectivement qui le pensent faible.

– 53% de la population globale est d’accord pour dire que l’antisémitisme a augmenté contre 18% qui pensent qu’il a diminué. Parmi les Juifs, 77% pense qu’il a augmenté et seulement 12% qu’il a diminué.

L’ampleur des attaques antisémites contre la communauté juive de France, la plus importante d’Europe, est alarmante : 70% des Juifs français déclarent avoir été victimes d’au moins un incident antisémite au cours de leur vie ; 64% ont subi au moins une fois des violences verbales antisémites et 23% ont été la cible de violences physiques au moins une fois, 10% d’entre eux affirmant avoir été agressés à plusieurs reprises.

En Allemagne

La fusillade dans la synagogue de Halle, à Yom Kippour le 9 octobre 2019, est devenue un symbole de la recrudescence de l’activité antisémite en Allemagne. En 2019, la police a enregistré 1 839 incidents antisémites de toutes sortes à travers le pays, soit cinq en moyenne par jour (!), faits principalement de néonazis et d’extrémistes de droite. Les manifestations de harcèlements quotidiennes provenant des milieux de l’islam radical n’ont pas encore fait l’objet d’un suivi complet. De plus, des enquêtes ont montré que les connaissances sur l’Holocauste diminuaient et que les élèves juifs des écoles publiques souffraient d’un harcèlement permanent de la part des élèves musulmans.

Aux Etats-Unis

Le rapport note une augmentation du nombre d’incidents violents aux États-Unis en 2019, y compris des coups de feu provoquant des pertes humaines. Certains ont été perpétrés par des individus isolés et sans planification préalable, d’autres ont été inspirés par des idéologies d’extrême droite et de groupes au sein des Noirs hébreux ou de l’organisation Nation of islam dirigée par Louis Farrakhan. La plupart des auteurs d’attaques antisémites violentes graves en 2019 étaient actifs sur Internet, par le biais de réseaux locaux et internationaux dont ces groupes sont membres. L’antisionisme exprimé en termes antisémites s’est renforcé à l’extrême gauche, en particulier en réaction aux relations étroites entre le gouvernement américain et Israël, décriées par les activistes de gauche comme des tentatives des communautés juives, avec le soutien d’Israël, pour prendre le contrôle du gouvernement américain et de sa politique et l’orienter en fonction de leurs besoins.

Points positifs en 2019 :

• La commission spéciale des Nations Unies sur la liberté de religion et de conviction a présenté en septembre devant l’Assemblée générale des Nations Unies un rapport intitulé « Élimination de toutes les formes d’intolérance religieuse », comprenant un avertissement particulièrement grave à la lumière de la montée de l’antisémitisme découlant des idéologies nazies et islamistes.

• L’UE a mis en place un groupe de travail spécial sur l’antisémitisme dans les divers pays d’Europe, afin de les aider à mettre en œuvre des mesures contre la montée continue de l’antisémitisme.

• Le parlement allemand a adopté une décision déclarant que « le raisonnement et les méthodes utilisés par le mouvement BDS sont antisémites ». Le Parlement autrichien a pris une décision similaire.

• Le Forum international de l’Holocauste, fondé et soutenu par le Dr. Moshe Kantor, s’est réuni pour la cinquième fois en janvier 2020 au Yad Vashem, sous le haut patronage du Président Reuven Rivlin, au cours d’un événement d’envergure mondiale sans précédent : 52 chefs d’État sont arrivés à Jérusalem et ont déclaré leur engagement à perpétuer la mémoire de l’Holocauste et à lutter contre l’antisémitisme.

« L’augmentation de toutes les formes d’antisémitisme constatée cette année encore dans la plupart des pays du monde à tous les niveaux, privé, public ou politique, doit cependant être mis en proportion, car il existe d’autres cas de groupes qui souffrent actuellement », a conclu le Prof. Porat. « Nous devons nous organiser contre toutes ces manifestations à la fois contre les Juifs et contre les autres minorités, car nous faisons partie de l’humanité ».

(Source : https://moshekantor.com/)

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