Dec 5

Technion. Arts & Métiers : "Nos écoles, trop petites pour affronter la concurrence internationale"

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IsraelVallley Desk | Éducation

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« Il faut faire sauter le système pyramidal de l’Education nationale pour libérer les énergies et donner bien plus de valeur à la notion d’équipe pédagogique »

Directeur général d’Arts et Métiers ParisTech (ENSAM), Laurent Carraro livre à l’Opinion son analyse de la compétition internationale entre les plus prestigieux établissements de formation d’ingénieurs et évoque des pistes pour donner à la France la capacité de rester compétitive sur ce marché. De quoi donner une image plus avant-gardiste à l’univers des « gadzarts ».

Qu’est devenu Arts et Métiers après plus de 230 années d’existence ?
Notre école d’ingénieurs est présente sur onze grandes villes et villes moyennes de France, dont Paris. Nous formons près de 6 000 étudiants par an, du post-bac au bac+8, du bachelor technologique au master pour devenir ingénieur généraliste ou spécialisé. Dans l’ensemble, c’est une vingtaine de masters et une vingtaine de masters spécialisés. Côté recherche, nous avons 250 doctorants dans quinze laboratoires en France, dont beaucoup sont partagés avec d’autres établissements et le CNRS. Notre recherche est dite « finalisée » : on mesure son activité par les publications de ressources scientifiques et le chiffre d’affaires généré, qui se monte à environ 15 millions d’euros par an en contrats industriels. C’est une activité qui nous démarque et illustre notre identité. Arts et Métiers ParisTech a par ailleurs reçu le label Institut Carnot, un vrai avantage compétitif.

La fusion annoncée de vos concurrents Télécom ParisTech et Télécom SudParis renforce l’idée que la concurrence entre les écoles d’ingénieurs ne fait que s’accélérer…

Cela va dans une logique de marché : les écoles d’ingénieurs sont trop petites pour affronter la compétition qui est aujourd’hui internationale. Elles se restructurent en fusionnant, mais pas uniquement. Dans le territoire national, on observe de nombreux rapprochements. Nous avons été un peu en avance de phase : il y a vingt-deux ans, les Arts et Métiers représentaient 8 écoles différentes qui ont fusionné. Notre taille est aujourd’hui suffisante pour affronter le marché international. On observe un regroupement des forces et des acteurs. Il faut cependant se souvenir de quelque chose de simple : le Caltech (California Institute of Technology) ne forme que 2 000 étudiants. Il n’est donc pas nécessaire d’être immense. Une école qui a 500 ingénieurs ou moins est trop petite et à l’inverse, les gros ensembles universitaires qui comptent 250 000 étudiants ne peuvent pas être agiles. Un équilibre sera atteint grâce à la simple sélection naturelle.

L’agilité est aujourd’hui essentielle. En France, nous avons tendance à construire de gigantesques cathédrales, mais elles ne tiennent pas forcément bien debout et ne sont pas toujours très agiles

Allons-nous vers des établissements « tout compris » ?

L’agilité est aujourd’hui essentielle. En France, nous avons tendance à construire de gigantesques cathédrales, mais elles ne tiennent pas forcément bien debout et ne sont pas toujours très agiles. La différence avec le Technion ou le MIT est que dans ces organisations, la vision de la technologie est plus intégrée que ce que nous avons en France. Au MIT, il y a une école de management. Ces structures ont une vision plus vaste, intègrent des questions économiques, organisationnelles, éthiques, etc. On a des organisations en France qui vont à des vitesses différentes. Nous travaillons actuellement avec une école de management, l’ESCP Europe, pour intégrer davantage cette dimension.

L’idée est-elle de fusionner écoles d’ingénieurs et écoles de management ?
La difficulté structurelle est que les écoles de management sont historiquement des créations des chambres de commerce, qui s’en détachent et réciproquement.
Mais ces organisations ont dans leurs gênes une flexibilité plus importante que des écoles d’ingénieurs – à l’exception d’Arts et Métiers ParisTech décentralisée pour des raisons historiques – créées par la volonté de la puissance publique pour répondre aux besoins de l’État à une époque où il fallait construire des ponts, des routes, etc. L’État n’a pas structuré ces écoles d’ingénieurs pour servir l’économie.
Conséquence, en dépit de tout ce que peuvent faire ces écoles, les systèmes ne fonctionnent pas à la même vitesse.
Dans le système éducatif, extrêmement normatif, on refuse cette part de risque et l’on stigmatise l’échec. Il devient alors très difficile de se relever d’un échec, alors que c’est la vie qui fonctionne ainsi

Les ingénieurs français qui ont des capacités entrepreneuriales s’en vont. Pourquoi ?

Il y a une question politique stricto sensu qui dépasse mes capacités d’action… Mais l’idée est qu’en France, on craint le risque à tel point que les jeunes recrutés n’ont jamais pris de risque et n’ont jamais connu l’échec. Si on ne les met pas en situation de risque rapidement, ce sera difficile pour eux.
Si pour des raisons personnelles, ils n’ont pas peur du risque, ils traverseront le système et seront regardés curieusement par des investisseurs qui ne veulent pas prendre de risque. Voilà pourquoi ils vont chercher ailleurs.
Dans le système éducatif, extrêmement normatif, on refuse cette part de risque et l’on stigmatise l’échec. Il devient alors très difficile de se relever d’un échec, alors que c’est la vie qui fonctionne ainsi.
Le jeune bien formé va donc dans un grand groupe suivre une carrière toute tracée : le problème est vraiment là. Cela me dépasse : il faut carrément tout changer et faire évoluer l’ensemble du corps social français pour que l’effort soit valorisé chez les jeunes. Il faut sortir de la logique de la dictée qui pénalise à outrance et ne valorise pas les efforts.

Comment sensibilisez-vous les jeunes à la prise de risque ?

Je suis philosophiquement stoïcien. Les choses sur lesquelles je n’ai pas la main ne m’occupent pas le cerveau. Nous essayons de dégager trois voies dans notre cursus d’ingénieur. La première est la voie « mainstream », classique, pour les futurs ingénieurs en entreprise.
Ensuite, la voie Recherche et innovation propose une culture qui sensibilise très tôt les étudiants à la recherche et à l’innovation en lien fort avec des laboratoires en France ou à l’étranger. Enfin, nous avons un cursus entrepreneurial dans lequel nous sensibilisons tous les étudiants dès la première année, essentiellement avec des témoignages. En seconde année, ils font un test de simulation entrepreneuriale et en troisième année, ils se jettent à l’eau et créent leur structure. On fait en sorte qu’ils continuent leur projet le plus loin possible, par exemple grâce à des partenariats avec des écoles de management. L’issue naturelle est l’incubation, la levée de fonds, etc.

Quels sont les résultats ?

Sur le seul site parisien où nous avons commencé cette expérience qui sera très vite dupliquée sur d’autres sites, on a en permanence 25 entreprises incubées avec des équipes de deux à trois jeunes ou moins jeunes.
On les accompagne et le taux d’échec à cinq ans est très faible et s’élève à quelques pourcents. Cet incubateur est une fenêtre pour les étudiants qui ne vont pas forcément entreprendre mais ont besoin de comprendre et d’appréhender la richesse du milieu entrepreneurial.
Le souci, dans l’environnement économique, est que ces start-up sont liées à un produit technologique : l’écosystème doit donc être en phase. Nous recevons des projets dans le domaine des services Web, que nous orientons vers d’autres établissements comme Télécom ParisTech. En bref, nous sommes davantage concurrents de l’incubateur de Centrale.
De nombreux enseignants ont envie de faire de nouvelles choses dans un système qui est infernal. Il faut se poser la question de savoir comment nous formons nos enseignants

Que faut-il changer dans l’Éducation nationale aujourd’hui pour mieux préparer les jeunes ?

J’observe – et je connais de nombreux enseignants! – que les professeurs sont heureux avec leurs élèves et malheureux dans leurs métiers parce qu’ils ont l’impression d’être socialement dévalorisés et parce qu’on leur demande de faire des choses qui vont à l’inverse de leurs intentions.
Dans notre établissement, nous faisons des réformes pédagogiques qui font bouger le métier d’enseignant : on n’a pas le choix, le numérique fait tout bouger et l’enseignant n’est plus le garant du savoir. Parfois, certains me demandent ce que je veux. La réponse est simple : qu’ils soient heureux dans leur travail. Les élèves le sentiront.

Alors que réformer en premier ?

De nombreux enseignants ont envie de faire de nouvelles choses dans un système qui est infernal. Il faut se poser la question de savoir comment nous formons nos enseignants, et ce n’est pas un système pyramidal qui offrira une réponse.
Dans l’Éducation nationale, il faut commencer par faire sauter les lignes hiérarchiques : le ver est dans le fruit.
Il faut que la notion d’équipe pédagogique soit valorisée. Que ces équipes se forment et soient créatives. Il faut les laisser prendre des initiatives sans que quelqu’un arrive en milieu de route en disant « c’est ainsi qu’il faut faire ».

Hugo Sedouramane

Source: l'Opinion

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