Oct 3

Un bilan des performances de l’économie d’Israël.

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SPÉCIAL ROCH HACHANA – Malgré un chômage faible et une inflation négative, l’économie israélienne n’est pas parvenue à sa vitesse de croisière.

La fin de l’année juive 5776 est l’occasion de tirer un bilan des performances de l’économie d’Israël. Malgré un rebond de l’activité au cours des six derniers mois, l’économie israélienne peine à retrouver sa vitesse de croisière. Ce qui paraîtra surprenant puisque les principaux indicateurs sont au vert : le taux de chômage reste bas et les prix continuent de reculer.

UNE CROISSANCE ATONE

Durant l’année juive 5776 (parallèle à la période de l’année civile qui va d’octobre 2015 à septembre 2016), le PIB israélien aura progressé d’environ 3%. En termes occidentaux, c’est une croissance soutenue ; pour Israël, c’est une croissance encore molle. Le potentiel de croissance de l’économie israélienne est estime entre 4 et 5% l’an, comme ce fut le cas en 2013 (4,4% de croissance).

Le maintien de taux d’intérêt bas (0,1% depuis mars 2015) et de prix pétroliers bas continue de soutenir la demande intérieure et l’emploi. Grâce à un accès facile au crédit, les entreprises ont investi davantage à la fin de 2015 et au début de 2016.

L’année 5776 s’est achevée avec 4,6% de chômage (180.000 chômeurs), alors que les prix continuent de reculer : au cours des douze derniers mois (août 2016 par rapport à août 2015), les prix ont baissé de 0,7%, notamment sous l’effet de produits importés et d’un pétrole moins cher.

Pour soutenir le cours du shekel, la Banque d’Israël a continué d’intervenir sur le marché des changes : l’année 5776 se termine avec des réserves en devises qui frôlent le montant record de 100 milliards de dollars (97,6 milliards fin août dernier).

Comme au cours des dernières années, le principal moteur de l’activité en Israël reste la consommation privée : celle-ci est soutenue par l’amélioration de l’emploi alors qu’elle est stimulée par la revalorisation répétée du salaire minimum.

LA FAUTE À LA CHINE ET À L’EUROPE

Certes, l’économie israélienne a rebondi au cours des trois derniers mois de l’année juive (de juin à août) : les exportations de marchandises ont bondi de 11,5%, les ventes des chaines de distribution ont augmenté de 1,5% et les achats à crédit ont augmenté de 3,5%.

Mais c’est la faiblesse de l’environnement extérieur qui a continué de brider la croissance israélienne au cours de l’année passée. Conjuguée à un niveau élevé du taux de change, la faiblesse de la demande extérieure a pesé sur les exportations : celles-ci ont regagné 5,2% au premier semestre 2016 après avoir reculé de 4,2% au second semestre de 2015.

Le zigzag des exportations de marchandises reste le principal obstacle à l’accélération de la croissance israélienne. En revanche, les exportations israéliennes devraient repartir avec le raffermissement progressif de la demande étrangère, quoiqu’elles puissent être freinées par l’appréciation du shekel.

Encore aujourd’hui, les perspectives économiques dans le monde, en particulier en Chine et en Europe, restent fragiles. Une chose est sûre : au cours de l’année juive qui commence, l’évolution de l’environnement extérieur aura encore des retombées importantes sur l’économie israélienne.

ET POUR 5777 ? UNE REPRISE GRADUELLE

Pour 5777, la demande intérieure restera sans doute le moteur principal de la croissance, ainsi que l’indiquent les dernières Perspectives économiques de l’OCDE pour Israël : « L’orientation monétaire accommodante, l’assouplissement budgétaire en 2016 et la faiblesse des prix pétroliers devraient soutenir la consommation privée, alors que l’investissement devrait continuer de bénéficier du lancement de nouveaux projets dans le secteur des hautes technologies, ainsi que des mesures publiques pour soutenir la construction de logements ».

Sur le plan structurel, les mesures engagées pour ouvrir le secteur alimentaire aux importations et le secteur bancaire à de nouveaux concurrents seront bénéfiques pour la productivité et pour réduire le coût de la vie. De meilleurs transports publics et un système éducatif plus performant, facilitant l’intégration dans l’emploi des groupes défavorisés, amélioreraient aussi l’efficacité de l’économie et le bien-être collectif.

Quant à la demande extérieure, elle ne devrait repartir que lentement, le niveau élevé du taux de change freinant les exportations. Ultérieurement, la croissance pourrait se raffermir graduellement pour atteindre l’an prochain son rythme potentiel. Dans ce contexte, le chômage restera bas, à l’instar de l’inflation, qui ne devrait augmenter que lentement.

Jacques Bendelac (Jérusalem)