L’israélien Ami Moyal s’est spécialisé dans toutes les techniques de reconnaissances vocales au point d’intéresser les plus grandes agences de renseignement du monde, dont la NSA. Il est à l’origine de véritables prouesses techniques. Le professeur israélien m’avait reçu dans son bureau de l’Université d’Afeka, au nord de Tel-Aviv.

Docteur en informatique de l’université de Ben Gourion de Beersheva, après une vingtaine d’années passées dans l’industrie, Ami Moyal a été très vite pris par le virus de la recherche, de l’enseignement et du transfert de ses connaissances. Il a créé une start-up au sein de l’université avec une structure réduite à une vingtaine d’ingénieurs de haut niveau, poussés par la passion de la recherche fondamentale et du maniement des langues.

De nombreux grands pays ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer des résultats de ses recherches, au départ très théoriques. Si Ami Moyal reste très discret sur ses clients israéliens et américains pour des raisons de confidentialité et de sécurité, on a vite compris entre les lignes que les applications intéressaient surtout les organismes sécuritaires de type NSA qui fondent leurs objectifs sur les écoutes. Il espère toujours se diversifier sur le marché européen car ses applications vont bien au-delà du seul secteur militaire. Il a surtout compris que les terroristes avaient évolué et que la surveillance du simple téléphone était devenu obsolète.

Son groupe d’experts a inventé des solutions innovantes dans tout ce qui touche à l’analyse de la parole et du texte. L’équipe comprend des spécialistes de haut niveau du traitement du signal, des ingénieurs logiciels et des linguistes. Leurs travaux portent sur la reconnaissance vocale, le repérage de mots-clés, la reconnaissance des phonèmes, qui sont les plus petites unités discrètes ou distinctive permettant de distinguer des mots les uns des autres, que l’on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée. Ils traitent des milliards de données en très peu de temps.

La start-up a notamment développé des techniques de reconnaissance vocale dans les environnements bruyants, de traitement de la parole, de la langue et de systèmes de dialogue. On reconnaît là toutes les techniques indispensables aux grandes oreilles internationales. Comme pour se dédouaner, Ami Moyal a tenu à préciser qu’il n’était pas responsable de la manière dont les données brutes, qui lui étaient confiées pour analyse, étaient récupérées à savoir satellites, captation de communication, intrusion dans le réseau Internet.

Ses logiciels, qui utilisent des ordinateurs puissants situés aux États-Unis, sont chargés de décortiquer des données dans une multitude de langues soit à partir de textes, soit à partir de sons et de vidéos. Les Américains réclament sans cesse le développement d’applications dans de nouveaux langages et c’est pourquoi ses logiciels ont été conçus pour «apprendre» de manière automatique tout nouveau dialecte en trois semaines, sans aucune intervention humaine. Son dernier contrat signé concerne la langue vietnamienne intégrée dans ses techniques de reconnaissance vocale.

À l’image de celui qui a inventé la bombe atomique, Ami Moyal ne se sent pas coupable du mauvais usage éventuel du résultat de ses recherches. Il sait qu’il s’insère dans la vie personnelle des citoyens puisque toutes les sources d’information sont décortiquées. Il reste très modeste sur la réussite de son équipe et feint d’ignorer que son concept a mis le feu en Occident le jour où l’on a compris qu’il n’y avait plus aucune limite pour une intrusion dans tous les domaines de la vie privée, sécuritaire et politique. Mais il fallait de nouvelles armes pour traquer les terroristes de plus en plus entreprenants. Les Israéliens ne s’en privent pas pour analyser les communications iraniennes, syriennes et libanaises depuis leurs satellites, leurs navires ou leurs sous-marins espions. Quand l’existence d’un pays est en jeu, on met les moyens qu’il faut. L’unité militaire 8200 des services de renseignements militaires est une fervente utilisatrice de ces techniques de reconnaissance de la voix puisqu’elle est à l’écoute des communications échangées dans le monde entre civils et organisations militaires. C’est pourquoi de nombreux attentats sont détectés à temps.

Les systèmes d’Ami Moyal «comprennent» et analysent les mots et savent même répondre puisqu’ils reconnaissent la voix et identifient les interlocuteurs jusqu’à en donner le CV. Toutes les sources d’information sont analysées, surtout sur Internet, par des systèmes qui sont capables de détecter automatiquement la langue et même un lointain dialecte. Bien sûr, Ami Moyal sait extraire automatiquement de plusieurs heures de dialogue et d’échange quelques phrases significatives sur la base de mots clés. Google est sur les rangs pour exploiter ces nouvelles techniques car, expert en recherche de mots à partir de textes, il souhaite étendre ses fonctions sur l’analyse de dialogues audio ou vidéo.

Le professeur est volontairement discret sur les usages faits par les services de renseignement. C’est un scientifique au service d’Israël et non pas un politique et sa tâche est de défendre son pays. Alors il préfère souligner les nombreuses applications civiles de ses recherches dans la téléphonie ou l’aide aux handicapés. Il est possible de questionner son téléphone portable et d’obtenir la réponse, d’envoyer des SMS ou des mails à partir de la voix et aussi reproduire le texte écrit d’une conversation. Ami Moyal déborde de projets internationaux auxquels il ne peut pas donner toujours suite, non pas par manque de financement, mais par un manque de personnel de haute voltige. Sa jeune équipe comporte les plus hautes pointures techniques. C’est pourquoi il privilégie la coopération avec des universités étrangères qui pourraient apporter une certaine complémentarité. Une université du sud de la France est en pourparlers pour un échange d’étudiants et un transfert des connaissances. Mais la France officielle n’a jamais fait appel à lui ; elle ne peut se permettre de dépendre de plus petit que soi.

 

Il vient de signer un contrat avec une société européenne multinationale pour un moteur exclusif de recherche personnalisée parce qu’il est aussi capable de faire du sur-mesure. Les applications médicales sont également nombreuses avec en particulier la possibilité pour un médecin de dicter les symptômes de son patient pour recevoir, en retour, des propositions de diagnostic ou de soins. Le système va plus loin car, le fait d’entendre un malade et de détecter les mouvements de ses lèvres, permet de concevoir un diagnostic sans avoir à analyser des parties malades de son corps.

Enfin les sociétés, qui fournissent un service à un public, enregistrent de plus en plus les communications qui sont ensuite analysées, selon la technique speech analysis, pour surveiller et corriger éventuellement le comportement de leur personnel face à leurs clients. Ami Moyal a cherché à nous faire comprendre qu’on entrait aujourd’hui dans un monde virtuel de plus en plus perfectionné, pour le grand bien des humains, mais sans aucune limite. Il veut œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie de ses semblables. L’usage fait par le NSA et les services de renseignement israéliens correspond, selon lui, à une parenthèse à laquelle il souhaite donner le moins d’importance.

 

https://benillouche.blogspot.com

 

 

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